Mort
du professeur Choron: la provocation élevée au rang des beaux-arts
Le
"Professeur Choron", de son vrai nom Georges Bernier,
est mort lundi matin à l'hôpital Necker à
l'âge de 75 ans, a-t-on appris dans son entourage.
Selon
Yoram Perez, journaliste à La Mouise, Georges Bernier
est mort des suites d'une longue maladie.
Champion du mauvais goût et de la grossièreté
pour les uns, iconoclaste et provocateur de génie pour
les autres, le professeur Choron restera dans les mémoires
comme le fondateur de l'humour "bête et méchant".
Né
le 21 septembre 1929 à Aubreville, dans la Meuse, le
professeur Choron, de son vrai nom Georges Bernier, avait
accédé à la célébrité
au début des années 60 en fondant le mensuel
Hara-Kiri, qui n'hésitait pas à se définir
comme "bête et méchant".
Fondé
avec l'écrivain François Cavanna, le titre du
journal était la solution d'une charade qui en résumait
l'esprit: "Mon premier s'éructe dans un lit de
mort ou de plaisir; mon second vit dans l'égoût;
mon troisième est un litre de rouge sans aile; mon
quatrième est le but de mon tout, qui est lui-même
le nom du nouveau journal".
Abondamment
illustré, le mensuel n'hésite pas à mettre
en scène des jeunes femmes dévêtues, généralement
couvertes de détritus. Le professeur Choron, avec son
équipe (dont plusieurs dessinateurs aujourd'hui réputés
comme Topor, Reiser, Gebe, Wolinski et Cabu), se met lui-même
en scène dans de courts sketches en photos. Très
vite, son crâne chauve, sa petite moustache, son fume-cigarette
seront connus de tous.
Censuré,
parfois interdit, le mensuel Hara-Kiri disparaît pour
renaître le 3 février 1969 sous forme d'un hebdomadaire,
"Hara Kiri Hebdo".
En
novembre 1970, à la mort du général de
Gaulle, le journal franchit une nouvelle fois les bornes en
titrant: "Bal tragique à Colombey - 1 mort"
(référence à un incendie dans une discothèque
qui avait fait 146 morts). Il se voit définitivement
interdit de paraître par le ministère de l'Intérieur.
Pour continuer, le journal change de titre et devient Charlie
Hebdo.
"L'Hebdo,
devenue Charlie Hebdo, ne toléra plus d'obstacles à
son insolence. Ce qui lui valut à jet continu les redoutables
honneurs de la XVIIe Chanbre correctionnelle", écrivait
récemment François Cavanna, qui avait rompu
avec son ancien partenaire.
Selon
Cavanna, en tant que directeur de la publication, le professeur
Choron "payait les amendes et n'était pas le dernier
à pousser au vice". Finalement, ajoute-t-il, "les
coûts des procès accumulés, et aussi,
il faut le dire, la gestion pour le moins aventureuse de Choron
nous mirent soudain face à un trou énorme dans
la trésorerie".
Sous
sa première formule, Charlie Hebdo cessa de paraître
en décembre 1981.
Privé
de son principal moyen d'expression, le professeur Choron,
père de la comédienne Michèle Bernier,
n'en continua pas moins sa carrière de provocateur.
En
1983, on l'arrête dans un bar de la rue de Bièvre,
à Paris, où se trouve la résidence du
président François Mitterrand. Après
une soirée bien arrosée, il chantait "la
diarrhée rose" (pour "la marée rose",
qui désignait la vague socialiste) et encore "Qui
se vautre à l'Elysée ? C'est Mitterrand et sa
traînée".
Dans
les années 1970, il avait été condamné
à plusieurs amendes pour injures envers l'armée
et injures et diffamation envers la police.
En
1984, il avait essuyé une forte amende pour injure
publique à la suite de la couverture par l'hebdomadaire
de la catastrophe de Beaune (Côte-d'Or) en 1982 qui
avait fait 46 morts dont 44 enfants.
A
ses heures, l'humoriste était aussi chanteur. Il avait
ainsi sorti 21 chansons en 2000, qualifiées à
l'époque par la presse de "chansons de salles
de garde".
"Je
n'ai jamais été de gauche, ni de droite d'ailleurs",
assurait cet ancien engagé volontaire comme tirailleur
de la Coloniale, revenu d'Indochine en 1952.
En
1999, la chaîne cryptée Canal+ diffuse une opérette
sur la seconde guerre mondiale dont il signe le livret, intitulée
"Ivre mort pour la patrie".
En
2001, il avait publié aux éditions "Le
dilettante", "Tout s'éclaire!", un recueil
de ses pensées, dont une qui avait sa préférence:
"Il y a plus de bonheur à donner un coup de pied
au cul qu'à en recevoir".
Source
: AFP |