| L'année
commence mal pour les semi-conducteurs
Les
trois avertissements sur leurs résultats lancés
cette semaine par de grands fabricants de semi-conducteurs,
dont les deux premiers acteurs européens du secteur,
confirment que l'année 2005 sera difficile pour l'ensemble
du marché, notamment en Europe où la vigueur
de l'euro amplifiera l'impact de la baisse des prix de vente.
La plupart des producteurs des puces souffrent de l'engorgement
de leurs stocks et la faiblesse du dollar accroît les
difficultés des industriels européens en augmentant
leurs coûts tout en dépréciant les ventes
facturées en billets verts.
Le groupe allemand Infineon, numéro un du secteur sur
le Vieux Continent, et le franco-italien STMicroelectronics
ont tous deux annoncé, à 24 heures d'intervalle,
que leurs résultats seraient nettement inférieurs
aux attentes des investisseurs.
Infineon se classait l'an dernier au quatrième rang
mondial et ST au septième.
Le numéro deux du classement, l'américain Advanced
Micro Devices, avait quant à lui prévenu lundi
que ses trimestriels seraient loin de répondre aux
attentes du marché. La nouvelle avait provoqué
une chute de 20% de son cours de Bourse le lendemain.
Seul Intel, le numéro un mondial, semble résister
à la dégradation des conditions de marché
: le groupe californien a publié mardi soir des résultats
meilleurs que prévu.
Les problèmes touchant le secteur, qui persistent malgré
les ventes records de puces réalisées en 2004,
pèsent depuis plusieurs mois sur les cours de Bourse
des industriels : les valeurs européennes de semi-conducteurs
ont chuté de 29% sur l'année écoulée,
contre un recul de 14% pour l'indice américain Philadelphia
Semiconductor.
Jeudi, au lendemain de l'avertissement d'Infineon, l'action
du groupe allemand gagnait 0,80% à 7,54 euros vers
10h00 GMT après être tombé à 7,33
en début de séance. Le titre avait il est vrai
chuté de 6% au cours des trois premières séances
de la semaine. ST était stable à 13,42 euros.
STOCKS ÉLEVÉS, DOLLAR BAS, GUERRE DES PRIX
Le secteur des puces souffre de la perspective d'un ralentissement
de sa croissance, voire d'une stagnation cette année,
après la hausse, estimée à 23%, des ventes
mondiales l'an dernier à 218 milliards de dollars,
un montant sans précédent, selon le cabinet
d'études Gartner.
L'essouflement brutal de la croissance est dû à
l'augmentation des stocks chez les fabricants de produits
électroniques. Le quatrième trimestre, grâce
aux ventes de la période des fêtes, a permis
de vider partiellement les entrepôts mais le problème
devrait persister.
Or le ralentissement de la demande conduit mécaniquement
à une baisse du taux d'utilisation des capacités
de production, donc à une dégradation des marges,
et accroît la pression sur les prix.
Pour ce qui concerne le seul segment des mémoire DRAM,
utilisées notamment dans les ordinateurs personnels
et dont Infineon est l'un des principaux producteurs avec
les sud-coréens Samsung Electronics et Hynix et l'américain
Micron Technology, le cabinet d'études spécialisé
iSuppli table sur 1% de hausse du chiffre d'affaires seulement
en 2005, après un bond de 56% en 2004.
Les constructeurs européens de puces souffrent en outre
du déclin du dollar, monnaie dans laquelle ils réalisent
la quasi-totalité de leurs ventes.
Si le billet vert ne s'était déprécié
face à l'euro, explique Andrew Griffin, analyste de
Merrill Lynch, les marges de la plupart des fabricants européens
de semi-conducteurs se seraient maintenues, voire améliorées.
Ajustée des effets de change, la marge de ST aurait
ainsi été de 22,7% sur l'ensemble de 2004, retrouvant
pratiquement son niveau de 2000, année historiquement
faste pour le secteur. En fait, elle devrait avoisiner 7,4%,
estime Griffin.
"Le problème persistant, c'est que le secteur
sera structurellement moins rentable si l'euro demeure à
un niveau élevé", souligne-t-il dans une
note de recherche.
Cette difficulté se conjugue à celle créée
par la guerre des prix des mémoires flash, utilisées
entre autres dans les appareils photo numériques et
les lecteurs MP3. Intel a lancé une offensive sur les
prix de ce type de puces, attaquant de front AMD et STM.
Selon le Daiwa Research Institute, les prix des mémoires
devraient chuter de 30% au moins au premier semestre et tomber
sous le niveau des coûts de production, l'offre dépassant
la demande.
"Les prix sont une autre explication du ratage de ST",
a souligné Ulrich Pelzer, analyste de Lehman Brothers
à Londres.
Les industriels ne possédant aucune usine en Europe
et sous-traitant la production de leurs puces en Asie, comme
les britannique ARM et Wolfson sont moins vulnérables
aux variations des devises. Les titres des deux groupes sont
d'ailleurs restés stables cette semaine.
Source
: Reuters |