| La
nomination de Rice comme secrétaire d'Etat confirmée au Sénat
Condoleezza
Rice est sur le point de prendre ses fonctions de secrétaire
d'Etat après la confirmation sans surprise de sa nomination
mercredi par la commission des Affaires étrangères
du Sénat, au terme d'une longue défense de la
politique étrangère de l'administration Bush.
Cette
nomination, qui doit encore formellement être confirmée
jeudi en séance plénière au Sénat,
a été l'occasion pour Condoleezza Rice, l'actuelle
conseillère à la sécurité nationale
du président George W. Bush, d'affirmer sa foi en la
diplomatie, sans toutefois annoncer d'inflexion sur les grands
dossiers en cours.
Cette continuité a poussé deux élus de
l'opposition démocrate à voter contre sa nomination.
"Mme
Rice est l'un des principaux architectes, maîtres d'oeuvre
et défenseurs d'une série de choix et d'actions
de l'administration qui, à mon sens, n'ont pas rendu
notre pays aussi sûr qu'il devrait l'être après
le 11 septembre (2001), et qui nous ont aliéné
une grande partie du monde", a expliqué l'ancien
candidat démocrate à la présidentielle
John Kerry.
Mme Rice a pourtant d'emblée annoncéson intention
de renouer les liens avec les alliés des Etats-Unis,
expliquant que "notre interaction avec le reste du monde
doit être une conversation, non un monologue".
Elle
a nommé l'Otan et l'Union européenne parmi "nos
partenaires les plus forts" dans la "guerre contre
le terrorisme", et s'est engagée à "soutenir
et défendre le système de règles et traités
internationaux" en vigueur -- tout en précisant
que les Etats-Unis ne renonceraient pas à se réserver
le droit de les réévaluer.
Mme
Rice a également longuement expliqué qu'une
des "grandes tâches" de la diplomatie américaine
serait "de répandre la démocratie et la
liberté à travers le monde, et elle a dénoncé
six "postes avancés de la tyrannie", Cuba,
la Birmanie, la Corée du Nord, l'Iran, le Belarus et
le Zimbabwe, promettant que "l'Amérique se tient
au côté des peuples opprimés sur chaque
continent".
L'audition
a permis de passer en revue tous les grands dossiers en cours,
à commencer par l'Irak, sur lequel elle a été
très longuement interrogée, devant admettre
"de gros défis tactiques". Elle a également
reconnu mercredi que parmi les décisions prises, certaines
avaient été "mauvaises, certainement",
sans jamais remettre en cause le bien-fondé de la guerre.
L'Irak
est le dossier ayant donné lieu aux échanges
les plus acides, particulièrement lorsqu'une élue
californienne, Barbara Boxer, l'a mise devant les contradictions
des déclarations officielles. "Je vous saurais
gré de ne pas remettre en cause mon intégrité",
a fini par répondre Mme Rice, glaciale.
Sur
le Proche-Orient, elle a promis de s'engager personnellement
pour favoriser la paix entre Israéliens et Palestiniens,
et sur l'Iran, elle a laissé entendre que l'administration
entendait exiger plus qu'une renonciation formelle aux armes
nucléaires.
Enfin,
ses réponses très formelles sur le rejet de
la torture par l'administration ont laissé sur leur
faim plusieurs élus qui espéraient qu'elle désavoue
explicitement certaines techniques d'interrogatoire particulièrement
brutales.
Quant
à sa proximité avec le président Bush,
Mme Rice a assuré mercredi qu'elle n'hésitait
jamais à lui "dire ce que je pense", qu'il
soit d'accord ou non.
Mais,
a-t-elle ajouté, "personne ne doit savoir quand
il a été d'accord ou pas d'accord", laissant
prévoir que l'administration offrirait un front plus
uni encore que lorsque le poste de secrétaire d'Etat
était occupé par Colin Powell, plusieurs fois
en porte-à-faux visible avec le reste de l'administration.
Au
moment même où la nomination de Mme Rice était
approuvée au Sénat, le secrétaire d'Etat
américain Colin Powell faisait ses adieux en défendant
son bilan à la tête de la diplomatie américaine
pendant quatre années difficiles, dominées par
le conflit en Irak et des relations souvent houleuses au sein
du gouvernement.
L'ancien
général devenu diplomate a retrouvé le
langage militaire pour saluer ses "troupes" dans
une allocution chargée d'émotion.
Bien
qu'il reste officiellement en charge de la diplomatie américaine
jusqu'à l'instant précis de la prise de fonction
de Mme Rice, M. Powell a fait savoir que cette journée
était sa dernière dans le grand bâtiment
du ministère des Affaires étrangères,
à quelques rues de la Maison Blanche.
Il
a également tenu à énumérer les
principaux "nombreux succès" enregistrés
pendant les quatre dernières années, en particulier
la lutte contre le terrorisme, le renversement des taliban
afghans et la chute de Saddam Hussein.
Des
centaines de personnels, diplomates de haut rang comme employés
de la cafétéria, se sont massés dans
le hall d'entrée du ministère, sous une grande
pancarte portant l'inscription "Secrétaire d'Etat
Powell, merci, de la part de tous".
"Vous
êtes mes troupes, vous êtes les troupes de l'Amérique",
a-t-il déclaré dans une allocution, le visage
et la voix marqués par moment par une profonde émotion,
sous un tonnerre d'applaudissements.
Source
: AFP |