| Stratégie
de terreur en Irak, condamnation à Londres des actes de torture
A
11 jours des élections irakiennes, de nombreux attentats
à la voiture piégée et des accrochages
ont fait au moins 28 morts et 60 blessés mercredi à
Bagdad, alors que des photos des exactions commises par des
soldats britanniques suscitent une répulsion générale
au Royaume-Uni.
A
Washington, la secrétaire d'Etat américaine
désignée, Condoleezza Rice, a admis que des
"mauvaises décisions" dans la guerre contre
le terrorisme avaient été prises" par les
Etats-Unis et que "l'armée américaine était
allée en Irak sans plan de reconstruction d'après-guerre".
"Nous n'avions pas les compétences nécessaires
(...) pour gérer les opérations de reconstruction
de ce type", a dit Mme Rice, en faisant référence
à la reconstruction de l'Irak après la chute
de Saddam Hussein en avril 2003.
A
Bagdad, en une stratégie de la terreur parfaitement
rôdée, plus de 20 personnes ont été
tuées et 54 blessées dans cinq attentats à
la voiture piégée qui ont secoué mercredi
Bagdad en l'espace de quelques heures, à la veille
de la fête musulmane de l'Aïd al-Adha.
Deux autres personnes ont été tuées dans
d'autres attaques au sud et au nord de la capitale, alors
que le groupe Ansar al-Sunna, lié à Al-Qaïda,
a annoncé l'exécution de deux Irakiens accusés
d'aider à l'organisation des élections du 30
janvier.
Six
Irakiens, dont une femme, ont également été
tués et six autres blessés dans des attaques
et des accrochages au nord et à l'ouest de Bagdad,
selon la police irakienne et des sources hospitalières.
Quatre
des attentats ont été revendiqués par
le groupe du Jordanien Abou Moussab Al-Zarqaoui, lié
au réseau terroriste Al-Qaïda, affirmant qu'il
s'agissait d'attaques suicide, dans des communiqués
publiés sur internet.
A
Mossoul (nord), une voiture piégée a explosé
au passage d'un convoi américain, blessant un civil
irakien, selon des sources hospitalières.
Un
agent de sécurité britannique et un Irakien
ont été tués mercredi dans une embuscade
dans le centre de l'Irak, a annoncé son entreprise,
Janusian Security Risk Management.
La
montée en puissance des attentats en Irak s'accompagne
d'une multiplication des disparitions et des prises d'otages.
Alors
que la France attend toujours des nouvelles de la journaliste
du quotidien Libération, Florence Aubenas, et de son
guide irakien, huit Chinois ont été enlevés
par un groupe islamiste qui menace de les exécuter
si Pékin "ne clarifie pas sa position sur leur
présence en Irak". Le délai donné
par les ravisseurs expire jeudi.
Au
Liban, l'employeur d'un autre otage, Gebrayel Adib Azar, enlevé
en Irak, a annoncé mercredi à l'AFP qu'il avait
décidé de céder aux demandes des ravisseurs
en mettant fin à ses activités en Irak.
"Nous
attendons en contrepartie que notre employé soit remis
en liberté", a-t-il indiqué l'issue d'une
entrevue avec cheikh Maher Hammoud, un religieux sunnite qui
entretient de bonnes relations avec le Comité des oulémas
musulmans.
Cette
association, la plus importante parmi les sunnites d'Irak,
est déjà intervenue par le passé pour
aider à la libération d'otages étrangers
et elle a appelé mercredi à la libération
de tous les otages.
"A
l'occasion de (la fête de) l'Aïd al-Adha et pour
alléger les souffrances de nombreux Irakiens et d'autres,
dues aux enlèvements odieux, le Comité appelle
toutes les parties qui détiennent des otages à
les libérer", a indiqué le Comité
dans un communiqué.
Dans
le monde entier et en Grande-Bretagne en particulier, les
images de torture de prisonniers rendues publiques à
l'occasion du procès de trois soldats britanniques
ont suscité réprobation et dégoût.
Le
Premier ministre britannique Tony Blair a qualifié
ces photos de "choquantes" et d'"épouvantables".
Le
chef de l'opposition conservatrice, Michael Howard, a estimé
qu'elles faisaient "honte au pays" et celui du parti
libéral-démocrate, Charles Kennedy, s'est inquiété
des conséquences qu'aura cette publication pour les
troupes britanniques stationnées en Irak.
Les
photos, 22 au total, ont été rendues publiques
mardi lors du procès de trois soldats devant une cour
martiale britannique à Osnabrueck (Allemagne) et sont
accompagnées de légende écrites avec
l'accord du tribunal.
Par
ailleurs, en prévision du scrutin du 30 janvier, des
tonnes de matériel, urnes et bulletins de vote infalsifiables,
imprimés notamment au Canada et en Australie, sont
arrivées en Irak mercredi.
Quelque
90.000 urnes et 50 à 60 millions de bulletins de vote,
d'un poids total de 3.300 tonnes et d'une valeur de 157 millions
de dollars, ont été débarquées
et mises en lieu sûr.
Tout
ce matériel devrait cependant être de peu d'utilité
dans les provinces sunnites d'Al-Anbar (ouest), de Ninive
(nord), de Salaheddine et de Diyala (nord-est) où la
plupart des leaders appellent au boycottage.
La
principale formation sunnite d'Irak, qui avait présenté
une liste de 275 candidats, a annoncé le 27 décembre
son retrait, en raison du refus du gouvernement de reporter
le scrutin de six mois.
Source
: AFP |