| Les
tsunamis réveillent de vieilles blessures à Kobé
Le
port japonais de Kobé est totalement reconstruit dix
ans après le terrible séisme qui fit des milliers
de tués mais le traumatisme psychologique, lui, est
loin d'avoir disparu. Il est même ravivé par
les scènes de désolation provoquées par
les raz-de-marée en Asie.
"J'ai
eu un flash-back quand j'ai vu les conséquences des
tsunamis à la télé", explique Megumi
Wakisaka, une ménagère de 35 ans dont la maison
fut détruite lors du tremblement de terre à
Kobé le 17 janvier 1995.
"Nous on a souffert d'incendies géants et de méchantes
secousses, eux de raz-de-marée, mais dans le fond la
dévastation est la même", souligne Mme Wakisaka.
Il
y a dix ans, à l'aube, la terre s'ouvrait sous Kobé,
faisant plus de 6.400 morts et brisant le sentiment de bien-être
et, plus encore, le mythe d'invincibilité du Japon
de l'après-guerre.
En 20 secondes, à 05h46 du matin, une secousse de magnitude
7,3 sur l'échelle de Richter a changé le grand
port de la côte ouest, cinquième métropole
du Japon, en une cité fantôme.
Un
demi-million d'habitations et d'immeubles ont été
détruits, les voies ferrées arrachées,
des stations de métro écrasées, une section
d'un demi-kilomètre d'autoroute aérienne, à
30 mètres de hauteur, s'est effondrée.
Un
total de 6.433 personnes périrent, la plupart sur le
coup, écrasées dans leur sommeil sous les plafonds
et les meubles.
La
cité portuaire commémorera la tragédie
lundi, notamment en allumant quelque 6.400 bougies au petit
matin.
Aujourd'hui,
la reconstruction est pratiquement terminée. Seuls
indices de la catastrophe, un musée du souvenir de
118 millions de dollars, quelques terrains vagues au milieu
de la jungle urbaine et des murs réparés.
Kobé
a retrouvé sa population d'avant (1,5 million d'habitants)
et de son dynamisme, avec ses nouvelles tours high-tech, ses
arcades commerciales flambant neuves et sa vie nocturne.
En
surface du moins.
"Même
si la ville est redevenue normale, mon coeur ne sera jamais
guéri. Je vivrai jusqu'à la fin de mes jours
avec des souvenirs impossibles à oublier", raconte
Mitsugu Amatatsu, un électricien qui a perdu un beau-frère
et dont les parents ont été grièvement
blessés.
Près
d'un tiers des rescapés de Kobé n'ont toujours
pas récupéré psychologiquement, selon
une récente enquête auprès de 520 survivants
réalisée par le quotidien économique
Nihon Keizai Shimbun (Nikkei).
"Je
suis encore effrayée par de gros bruits. Et j'ai aussi
peur des mouvements brusques quand je suis dans un train.
Je me souviens pas souvent de la catastrophe, mais c'est mon
corps qui réagit", témoigne Reiko Hamuro,
38 ans.
Selon
le professeur de psychologie Kikuo Uchiyama, il n'est "pas
étonnant" que des rescapés de Kobé
revivent leur traumatisme quand ils voient des images des
tsunamis.
Un
avertissement aux survivants des tsunamis que même des
pays riches comme le Japon ont le plus grand mal à
se remettre d'une catastrophe majeure, et qu'il faut du temps.
"C'est
très dur pour beaucoup de gens, surtout les plus âgés,
qui ont perdu leur entourage, qui ne peuvent plus rembourser
leurs prêts", explique Hirotada Hirose, un autre
psychologue.
"Si
les infrastructures ont été rapidement réhabilitées,
il n'en est pas de même des coeurs", dit-il.
Source
: AFP |