| De
la chasse à la protection des baleines aux Philippines
A
la vue de quatre ailerons géants à la proue
du bateau, les hommes crient, l'adrénaline monte.
"Là,
là", crie Joseph Valeroso à son oncle Tito
Valeroso. Celui-ci lance le moteur et l'embarcation vire à
la poursuite des baleines.
Dans le passé, la chasse se serait terminée
par un massacre. Mais aujourd'hui, les harpons et gaffes des
pêcheurs de Pamilacan, près de l'île de
Bohol, dans le centre des Philippines, ont été
remplacées par les caméras des touristes. L'un
deux, emporté par l'enthousiasme, a même sauté
dans la mer, profonde à cet endroit de 300 m, pour
aller nager avec des dauphins.
Les
pêcheurs de Pamilacan, un îlot sans eau potable
habité par 250 familles, chassaient les baleines, les
requins-baleines, le plus gros poisson du monde qui peut peser
jusqu'à 15 tonnes et proie facile car il ne se défend
pas, les dauphins et les raies depuis des temps immémoriaux.
Mais
en 1998, la vie a changé avec l'interdiction de la
chasse à la baleine aux Philippines, une mesure synonyme
de ruine pour certains.
"Un
jour, des chasseurs de baleine ont frappé à
ma porte avec des machettes et menacé de me tuer",
se souvient Joselino Baritua, un écologiste qui avait
été envoyé à Pamilacan par le
Fonds mondial pour la nature (WWF) plusieurs mois avant l'interdiction
pour convaincre les pêcheurs de renoncer à leur
pratique.
Ceux-ci
ont d'abord rejeté l'idée de se convertir en
guides pour écotouristes avides d'aller admirer les
cétacés en mer.
"Nous
avons pensé violer la loi car il s'agissait de notre
gagne-pain", dit Joseph Valeroso, 30 ans, qui commença
dans le métier à 13 ans.
Les
requins-baleines et différentes espèces de mammifères
des mers convergent au large de Pamilacan entre janvier et
avril, se nourrissant de plancton, crevettes, anchois et petits
poissons.
A
cette époque, les bateaux de 18 mètres emportant
six pêcheurs sortaient tous les jours et les plages
de Pamilacan étaient rouges du sang des animaux découpés
en morceaux sur des abattoirs de plein air.
La
viande de requin-baleine était appréciée
dans la région et se vendait bien. La plus grosse prise
avait rapporté plus de 2.000 dollars.
"Certains
jours, on capturait quatre requins-baleines. On n'avait pas
de pitié car il faut bien manger", raconte Tito
Valeroso.
Finalement,
une centaine de familles a décidé de se lancer
dans le tourisme et profiter d'un prêt de 150.000 dollars
d'une banque américaine favorable à la cause
des baleines.
Joselino
Baritua, 37 ans, a quitté le WWF pour diriger la nouvelle
aventure. Il déclare que l'an dernier quelque 2.000
touristes ont contribué à améliorer l'ordinaire
des pêcheurs.
Mais
des agences de voyage et autres professionnels du tourisme
de l'île de Bohol se sont lancés dans une concurrence
et organisent leurs propres excursions.
"On
leur a dit: si vous continuez, les gens de Pamilacan vont
reprendre la chasse à la baleine et aux dauphins jusqu'à
ce que vous n'ayez plus rien à montrer aux touristes",
dit M. Baritua.
Quant
aux Valeroso, ils reconnaissent que la viande de baleine leur
manque.
"Le
dauphin a le goût de boeuf. La baleine ressemble à
du super boeuf et le requin-baleine à du porc. Ils
prennent feu sur le grill à cause du gras", dit
Joseph Valeroso.
Source
: AFP |