| Le
tsunami asiatique déclenche une tempête médiatique au Maroc
Après
avoir suscité un vaste élan de solidarité
au Maroc, le tsunami qui a frappé l'Asie du Sud-Est
alimente depuis plusieurs jours une véritable tempête
médiatique après qu'un journal islamiste eut
évoqué l'hypothèse d'un châtiment
divin contre le tourisme sexuel.
Sous
le titre "Tourisme sexuel et tsunami", le quotidien
"Attajdid", organe du parti islamiste "modéré"
de la justice et du développement (PJD), principale
force parlementaire d'opposition, a publié le 6 janvier
un éditorial qui a déclenché la polémique.
Evoquant
le tsunami, "Attajdid" écrit: "nous
devons tous -gouvernement et peuple- nous arrêter longuement
sur un événement en rapport avec le tourisme
sexuel, l'homosexualité, le trafic d'enfants, et le
silence officiel à ce sujet."
"Le
Maroc est en train de devenir la prochaine destination pour
ce tourisme de débauche", poursuit le quotidien
islamiste, qui estime que le meilleur système d'alerte
contre ce type de catastrophe est "le respect des enseignements
de la religion".
Cette
analyse théologique, relayée dans certaines
mosquées, a suscité une vive réaction
de plusieurs journaux ("Al Bayane", "Ittihad
al Ichtiraki", "Libération", "Al
Adath al Maghribya"), qui ont dénoncé son
caractère "obscurantiste" et "dangereux".
"Le
PJD relance la machine à excommunier", titrait
ainsi vendredi "Aujourd'hui le Maroc", s'inquiétant
du "risque de confrontation" que de telles analyses
font peser sur le débat politique national.
"Prétendre
que cette catastrophe est une réponse divine au tourisme
sexuel est une atteinte non seulement aux populations victimes
mais aussi à tout être humain", s'est pour
sa part émue l'Organisation marocaine de lutte contre
la haine et le racisme, créée au lendemain des
attentats islamistes de Casablanca (45 morts, le 16 mai 2003).
Dernier
épisode, la mise en cause par "Attajdid"
du "manque d'objectivité" d'un reportage
diffusé mardi par la télévision 2M sur
cette polémique.
Le
journaliste-réalisateur du reportage de 2M, Tawfik
Debbab, a justifié vendredi son engagement éditorial
pour dénoncer "l'intolérance" du journal
"Attajdid".
"Ils
ont instrumentalisé la question du tsunami", a-t-il
déclaré à l'Associated Press. "Pour
moi, c'est une incitation à la violence, à la
haine. C'est un message pour aller bombarder les hôtels
de touristes ou les lieux considérés de débauche
à Agadir, Tanger ou Marrakech, comme cela Dieu nous
épargnera."
"Ce
genre de discours nourrit un climat malsain comme celui qui
prévalait à la veille du 16 mai", poursuit
le journaliste, qui affirme avoir fait l'objet d'insultes
téléphoniques anonymes.
Se
présentant comme "victime" d'une campagne
des "éradicateurs" anti-islamistes, "Attajdid"
écrit: "On peut s'interroger sur les raisons de
cette 'Intifada'. S'agit-il de défendre le tourisme
sexuel dans notre pays?"
Source
: AP |