| Irak:
multiplication des violences, Kofi Annan appelle à voter
Les
violences se sont multipliées vendredi en Irak, notamment
contre la majorité chiite, alimentant les craintes
de guerre civile à deux semaines des élections
pour lesquelles le secrétaire général
de l'Onu Kofi Annan a appelé "tous les Irakiens",
dont les sunnites, à voter le 30 janvier.
Le
Premier ministre égyptien Ahmad Nazif a mis en garde
contre les risques de "guerre civile et de partition".
"Si la situation en Irak ne change pas, il y a des risques
de guerre civile et de partition du pays en petits Etats sur
des bases confessionnelles", a-t-il dit.
"J'encourage tous les Irakiens à exercer leur
droit démocratique. L'Irak a besoin d'une base aussi
large que possible pour une succession réussie",
a lancé pour sa part Kofi Annan.
"J'ai
toujours dit clairement que les élections doivent être
aussi larges que possible si, comme je l'espère, elles
contribuent positivement à la transition politique
en Irak", a-t-il ajouté. "Mais à cette
heure tardive, il est indispensable d'associer les éléments
nationalistes arabes de la société, en particulier
les Arabes sunnites, à ce processus".
La principale formation sunnite, le Parti islamique irakien,
avait annoncé qu'il se retirait des élections.
Les sunnites représentent un tiers de la population,
contre 60% pour les chiites, une communauté contre
laquelle les violences se développent à l'approche
des élections.
La
violence liée à la tenue des élections
s'est poursuivie vendredi. Deux soldats irakiens ont été
tués dans des attaques au nord de Bagdad, où
une bombe artisanale a explosé dans un centre électoral
d'une ville où les rebelles sont implantés,
selon la police.
Dans
la même province, à Balad, à 70 km au
nord de Bagdad, un soldat irakien a été tué
et un autre blessé dans une attaque contre un convoi
de l'armée américaine, a indiqué le lieutenant
de police Abdel Abdallah.
A
l'est de Samarra, à 125 km au nord de Bagdad, un soldat
irakien a été tué et trois autres ont
été blessés par l'explosion d'une bombe
artisanale près du village d'al-Thahab, a affirmé
le lieutenant Anwar Ahmad.
Vendredi
également, six Irakiens ont été tués
et huit autres blessés lorsque le bus à bord
duquel ils se trouvaient est entré en collision avec
un char Abrams de l'armée américaine au nord
de Bagdad, selon des sources irakienne et américaine.
Enfin,
quinze soldats irakiens à bord d'un bus ont été
enlevés par des hommes armés, à leur
sortie de la base militaire américaine d'Al-Assad dans
la province rebelle d'Al-Anbar (ouest), a indiqué la
police irakienne.
Par
ailleurs, jeudi soir, sept Irakiens ont été
tués et 38 blessés dans l'explosion d'une voiture
piégée visant une mosquée chiite à
Khan Beni Saad.
Cet
attentat intervient au lendemain de l'assassinat d'un représentant
du grand ayatollah Ali Sistani, figure emblématique
des chiites d'Irak favorable à la tenue des élections,
cheikh Mahmoud al-Madahaïni.
L'influent
Comité des oulémas musulmans (sunnite) a dénoncé
"cet acte criminel" et décidé de boycotter
les élections.
Le
chef radical chiite Moqtada Sadr a appelé le président
George W. Bush et les pays voisins de l'Irak à ne pas
intervenir dans les élections.
Cheikh
Sadreddine al-Qoubbanji a réitéré l'appel
de la communauté chiite à maintenir les élections
à la date prévue. Il s'est déclaré
convaincu d'une "participation des sunnites en dépit
des tentatives du (groupe extrémiste d'Abou Moussab)
al-Zarqaoui de prendre cette communauté en otage".
L'homme
politique sunnite Adnane Pachachi a exhorté les Irakiens
de la diaspora à voter. "Si nous restons à
la maison, nous ne pourrons que nous blâmer nous-mêmes
si les choses ne marchent pas".
A
propos des groupes armés actifs dans le pays, M. Pachachi
a affirmé: "si nous les laissons faire, ils installeront
un régime semblable à celui des talibans en
Afghanistan".
"L'insurrection
ne va pas disparaître du fait de cette élection",
a estimé de son côté" le chef de
la diplomatie américaine. "En fait, les insurgés
pourraient se montrer encore plus déterminés
s'ils ne parviennent pas à dissuader le peuple irakien
de participer", a ajouté Colin Powell.
Par
ailleurs, trente-huit prisonniers irakiens de droit commun
se sont échappés vendredi d'un autobus qui les
transportait de la prison d'Abou Ghraib à une autre
prison, avant que dix d'entre eux ne soient capturés
à nouveau, a indiqué vendredi l'armée
américaine.
En
France, où persiste l'inquiétude sur le sort
de la journaliste de Libération Florence Aubenas, disparue
en Irak depuis neuf jours, le président Jacques Chirac
a jugé "capitale" la tenue des prochaines
élections lors de la visite du président irakien
par interim Ghazi al-Yaouar.
Par
ailleurs, la France a donné son accord à une
annulation pouvant aller jusqu'à 80% de la dette publique
irakienne et proposé de former 1.500 gendarmes irakiens,
hors d'Irak, sur une période de 18 mois, a annoncé
un porte-parole du président irakien.
De
son côté, l'Otan envisage de réduire la
taille de sa mission de formation de la nouvelle armée
irakienne, a indiqué le commandant en chef de l'Alliance
atlantique en Europe, le général américain
James Jones. L'Otan avait décidé l'an dernier
d'envoyer 300 instructeurs militaires en Irak.
Huit
ou neuf membres de l'Otan - dont la France et l'Allemagne,
pays qui s'étaient opposés à la guerre
en Irak - ont refusé d'envoyer du personnel militaire
en Irak, selon le général Jones.
Source
: AFP |