| Tsunami:
le Club de Paris décide un moratoire, mais pas d'annulation
de dette Un
moratoire, mais pas d'annulation de dette: les pays créanciers
du Club de Paris ont décidé mercredi soir de
suspendre immédiatement le remboursement de la dette
des pays frappés par le tsunami et intéressés
par cette offre. Seuls l'Indonésie, le Sri Lanka et
les Seychelles ont pour l'instant fait part de leur intérêt
pour cette mesure d'urgence.
"Au
vu des conséquences catastrophiques de ce cataclysme,
les pays du Club de Paris ont décidé une suspension
des paiements sur la demande des pays qui le souhaitaient",
a déclaré Jean-Pierre Jouyet, président
du Club de Paris, lors d'une conférence de presse à
l'issue d'une réunion des représentants de ses
19 pays membres au ministère de l'Economie et des Finances.
Fait
exceptionnel, ce moratoire présente l'avantage de n'être
soumis à aucune contrepartie de la part des pays bénéficiaires.
"La grande innovation de la proposition qui est faite,
c'est qu'elle n'est liée à aucune condition,
elle ne s'attache pas à la conclusion de programmes
avec le Fonds monétaire international", des conditions
qui sont traditionnellement attachées à un accord
avec le Club, a précisé M. Jouyet.
"Il
s'agit de faire un geste de solidarité, d'adresser
un signal d'espoir aux populations concernées",
a expliqué le président du Club.
Ce
moratoire pourra durer jusqu'à la fin de l'année
2005 et donner lieu à des mesures complémentaires
lorsque le FMI et la Banque mondiale auront "évalué
complètement les conséquences" de la catastrophe.
Les
échéances dues pour l'année 2005 par
l'ensemble des pays touchés par le tsunami au titre
de leur dette à l'égard du Club de Paris s'élèvent
à 6,3 milliards de dollars. Mais les trois seuls pays
qui se sont pour l'instant montrés intéressés
par le moratoire -Indonésie, Sri Lanka, Seychelles-
ne devaient que 3,3 milliards aux 19 pays du Club pour l'années
en cours, a précisé M. Jouyet.
D'autres
pays touchés par la catastrophe du 26 décembre,
comme la Thaïlande et l'Inde, ont préféré
décliner l'offre des pays créanciers, soit qu'ils
la jugent peu attractive, soit pour des raisons d'image. D'autant
que ces deux pays ont subi des dégâts moins gigantesques
et disposent d'économies plus robustes pour faire face
aux reconstructions.
"Un
certain nombre de pays, je pense par exemple à la Thaïlande,
ne souhaitent pas accepter ce moratoire", parce qu'ils
ont un niveau d'endettement moindre et qu'ils ne souhaitent
pas dégrader leur réputation sur les marchés
financiers internationaux, a souligné le ministre français
de l'Economie et des Finances, Hervé Gaymard. "Chaque
pays est libre d'accepter ou non cette proposition."
En
revanche, le moratoire donnera à des pays comme l'Indonésie
"une bouffée d'oxygène dont (ce pays) a
absolument besoin", a noté Hervé Gaymard,
en précisant que le service de la dette aurait dû
coûter "de l'ordre de trois milliards de dollars"
à Djakarta pour la seule année 2005.
Certaines
organisations non gouvernementales, qui plaidaient pour un
effacement pur et simple d'une partie de la dette des pays
sinistrés, jugent la proposition de moratoire notoirement
insuffisante.
Oxfam,
une ONG britannique, déplore ainsi que le Club de Paris
ait choisi "l'option facile d'une suspension temporaire
des remboursements, qui reprendront dans quelques mois".
"Ce rééchelonnement temporaire des versements
signifie qu'il est probable que les intérêts
continueront de courir et que les remboursements auront grossi
quand les pays frappés par le tsunami devront recommencer
à payer leur dette", dénonce Oxfam.
Le
Club de Paris comprend 19 des pays les plus riches du monde:
Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Danemark,
Espagne, Etats-Unis, Finlande, France, Grande-Bretagne, Irlande,
Italie, Japon, Norvège, Pays-Bas, Russie, Suède
et Suisse.
Source
: AP |