| Le
tsunami fait recette en Asie, pas la famine en Afrique
Vision
saisissante de la vague, touristes emportés au large,
plages paradisiaques transformées en enfer: le tsunami
a suscité une mobilisation internationale qui fait
défaut à des crises "moins séduisantes"
comme les famines en Afrique, observent les spécialistes
de l'aide humanitaire.
"Certaines
régions du monde sont plus populaires que d'autres",
reconnaît le chef des opérations d'urgence de
l'ONU, Jan Egeland, qui a obtenu mardi soir de la communauté
internationale un premier versement record de 717 millions
de dollars pour les secours aux régions sinistrées.
Si d'autres appels de l'ONU en faveur de crises humanitaires
très médiatisées comme l'Irak ou le Kosovo
sont convenablement couverts, financer l'aide à l'Afrique
est "un cauchemar", selon M. Egeland. Plus de deux
semaines après les vagues géantes qui ont tué
près de 159.000 personnes dans l'océan Indien,
les vidéos de témoins, diffusées dans
le monde entier, maintiennent l'émotion intacte et
les dons continuent à affluer dans les caisses des
organisations humanitaires.
"C'est
une catastrophe d'une ampleur sans précédent
qui a frappé de très nombreux pays", commente
Amy Barry, porte-parole de l'organisation britannique Oxfam,
ajoutant que la couverture des médias avait énormément
contribué à stimuler la générosité
des donateurs. La présence de touristes occidentaux
sur les plages, particulièrement en Thaïlande,
a rendu la catastrophe plus proche des préoccupations
des pays riches, ajoute-t-elle.
Les
gens seraient plus généreux "s'ils étaient
davantage conscients des autres choses qui se passent de façon
moins spectaculaire, moins séduisante peut-être,
mais qui sont plus enracinées et donc plus graves d'une
certaine façon, comme la pauvreté en Afrique",
estime-t-elle.
A
la Fédération internationale de Croix-Rouge,
on souligne le contraste entre la catastrophe provoquée
par le tsunami et les tragédies qui tuent à
petit feu. "Il est beaucoup plus difficile de médiatiser
une catastrophe lente comme la famine", note la porte-parole
Marie-Françoise Borel. "Nous devons faire un effort
pour nous assurer que les médias ne les oublient pas".
Les éléments naturels à eux seuls ont
suffi à susciter des promesses de dons, souligne-t-elle:
"Quand on voit à la télévision des
gens emportés par les vagues, c'est très puissant,
les gens sont émus. Cela montre la puissance de la
nature".
La
même solidarité s'était manifestée
à un degré moindre en 1998 après un tsunami
qui avait tué plus de 2.000 personnes en Papouasie
Nouvelle-Guinée, selon Mme Borel. Alors que le tsunami
apparaît comme une catastrophe naturelle que nul n'aurait
pu empêcher, les donateurs se sentent souvent dépassés
-- et donc moins enclins à ouvrir leur portefeuille
-- par des problèmes endémiques comme la faim
et la pauvreté, suggère Mme Barry.
Si
l'Irak et la Tchétchénie ont reçu en
2003 91% de l'argent qui leur avait été promis
dans les appels au secours de l'ONU, la proportion tombe à
54% pour la Côte d'Ivoire et à 45% pour le Liberia,
selon elle. "L'équivalent d'un tsunami frappe
tous les cinq mois", en termes de victimes, un pays comme
la République démocratique du Congo, a rappelé
M. Egeland mardi aux donateurs.
Source
: AFP |