| L'Abkhazie
tente à nouveau d'élire son président
Les habitants
du territoire séparatiste géorgien d'Abkhazie
ont voté mercredi pour élire leur nouveau "président"
après l'échec d'un premier scrutin en octobre
et espéraient, tout comme la Russie et la Géorgie,
un retour à la stabilité après trois
mois de crise.
L'élection
a été déclarée valide mercredi
soir, le taux de participation ayant dépassé
le minimum requis de 50 % des électeurs inscrits plus
une voix.
"Aujourd'hui,
nous pouvons dire que l'élection est valide,"
a déclaré lors d'une conférence de presse
le président de la Commission électorale centrale
abkhaze, Batal Batagua.
Plus
de 68.000 électeurs ont pris part au vote, sur un total
de quelque 123.000 électeurs inscrits, a-t-il ajouté.
"Nous
n'avons enregistré aucune plainte" relative aux
opérations de vote, a par ailleurs précisé
M. Batagua.
Le
grandissime favori de l'élection, Sergueï Bagapch,
s'est déclaré satisfait du déroulement
du scrutin.
"Les
gens se sont montrés à la hauteur de la tâche,
face à une propagande destinée à les
décourager d'aller voter", a déclaré
M. Bagapch à l'AFP, faisant référence
au climat tendu qui règne en Abkhazie.
Le
scrutin s'est pourtant déroulé dans une ambiance
électrique, qui avait pu faire craindre des incidents.
Dans
la région de Gali, où vivent quelques 60.000
Géorgiens, la situation était très tendue
autour des bureaux de vote où les forces de sécurité
armées du président sortant Vladislav Ardzinba
contrôlaient les papiers d'identité des électeurs.
Tbilissi
avait déployé des renforts policiers à
sa "frontière" avec la république
séparatiste, après un incident survenu la veille
dans un village de la zone limitrophe.
"On
ne peut pas parler d'erreur fatale pour le processus électoral
abkhaze, mais l'intervention des forces de sécurité
du président Ardzinba pour empêcher les électeurs
de voter (dans la région de Gali) n'est pas normal",
a commenté Sergueï Babourine, chef d'une délégation
d'une quinzaine d'observateurs russes et vice-président
de la Douma, la chambre basse du Parlement russe.
Le
président séparatiste sortant, Vladislav Ardzinba,
s'était vigoureusement opposé à la victoire
annoncée du candidat de l'opposition, Sergueï
Bagapch, après l'élection du 3 octobre.
Dans
ce scrutin, la Russie avait soutenu le perdant du vote, Raul
Khadjimba, et après la victoire inattendue de Sergueï
Bagapch, avait fait preuve d'un "interventionnisme"
remarqué pour obtenir une nouvelle élection,
au risque de s'aliéner une partie de la population
d'Abkhazie.
M.
Bagapch s'était ensuite résigné à
faire équipe avec son ancien rival pour éviter
un glissement vers la guerre civile.
Sous
la houlette de Moscou, les deux hommes avaient annoncé
qu'ils se présentaient ensemble, Bagapch comme candidat
à la présidence, Khadjimba à la vice-présidence.
Bien
que les résultats du scrutin ne soient pas encore connus,
la victoire de Sergueï Bagapch semble quasiment assurée.
Le
seul autre candidat à cette élection présidentielle
est Yakoub Lakoba, leader du Parti du peuple, qui a remporté
à peine plus de 500 voix lors du vote précédent.
Les
bureaux de vote ont fermé à 20H00 locales (16H00
GMT) et les premiers résultats préliminaires
sont attendus jeudi.
L'élection
dans cette république du bord de la Mer noire est suivie
de près par la Russie, qui compte préserver
l'influence qu'elle y exerce, quelle que soit l'issue du vote.
La
Géorgie, dont l'Abkhazie a fait sécession il
y a onze ans après un conflit armé en 1992-1993,
ne reconnaît pas la légitimité du scrutin.
Tbilissi, espère cependant reprendre les négociations
de paix au plus vite avec le nouveau "président".
Le
président Mikhaïl Saakachvili, porté au
pouvoir en Géorgie il y a un an après la "révolution
de la rose", a juré de réintégrer
l'Abkhazie dans le giron géorgien avant la fin de son
mandat.
La
Géorgie fera avant la fin du mois de janvier des "propositions
officielles" aux territoires séparatistes d'Abkhazie
et d'Ossétie du Sud, a assuré M. Saakachvili
dans une interview publiée mercredi dans le quotidien
russe Nezavissimaïa Gazeta. "Nous avons des choses
à proposer", a-t-il dit.
La
communauté internationale, qui n'a pas envoyé
d'observateurs, ne reconnaît pas cette élection.
Source
: AFP |