| Journalistes
et secouristes étrangers menacés d'être expulsés d'Aceh
A
l'heure où l'aide continue d'affluer dans les pays
dévastés par le tsunami du 26 décembre,
l'Indonésie, qui a payé le plus lourd tribut,
a ordonné mercredi aux secouristes et aux journalistes
étrangers de l'informer de leurs déplacements,
sous peine d'être menacés d'expulsion de la province
d'Aceh.
Les
autorités ont invoqué des raisons de sécurité
pour justifier cette décision, après avoir imputé
aux rebelles séparatistes des tirs sporadiques, qui
n'ont pas fait de victime parmi les secouristes dans la province
située dans le nord de l'île de Sumatra.
Dans
la journée, le chef des opérations de secours
d'Indonésie, Budi Atmaji, a déclaré que
certains secteurs de la province n'étaient pas sûrs
en raison de la présence des séparatistes du
Mouvement pour un Aceh libre, en lutte depuis des années
contre Djakarta.
Les
dirigeants de la rébellion ont toutefois diffusé
depuis la Suède un communiqué soulignant l'engagement
de leurs combattants à respecter le cessez-le-feu déclaré
le jour du cataclysme, qui a fait plus de 153.000 morts, dont
plus de 106.000 rien qu'en Indonésie.
Les
agences onusiennes ne s'attendent pas à ce que la décision
indonésienne de contrôler les intervenants étrangers
affecte leurs opérations dans la mesure où leurs
officiers de sécurité travaillent déjà
étroitement avec l'armée. Mais "cela pourrait
changer la situation des (ONG) qui se déplacent tout
comme les personnes privées", a déclaré
Mals Nyberg, un porte-parole du Haut commissariat de l'ONU
pour les réfugiés.
"Il
n'y a pas de restrictions pour le moment", a cependant
déclaré Eva Kongs, de Médecins sans frontières
à Djakarta. "Nous ne voulons pas anticiper sur
ce qui pourrait se produire".
L'annonce
de Djakarta est intervenues alors que le Club de Paris a confirmé
sa proposition de moratoire sur la dette des pays touchés
par le tsunami, que seuls le Sri Lanka, l'Indonésie
et les Seychelles devraient accepter.
Les
centaines d'étrangers venus aider en Indonésie
les victimes du tsunami ont suscité une certaine crainte
chez les autorités, inquiètes de voir leur souveraineté
compromise. Elles ont prédit mardi que les militaires
étrangers participant aux secours quitteraient le pays
fin mars. "Une période de trois mois est suffisante,
le plus tôt sera le mieux", a déclaré
le vice-président indonésien Jusuf Kalla. "A
l'avenir, la présence militaire étrangère
ne sera pas nécessaire".
Le
porte-avions USS Abraham Lincoln, qui centralise les opérations
américaines, a quitté les eaux indonésiennes
après le refus de Djakarta de laisser les pilotes utiliser
leur espace aérien pour des missions d'entraînement.
Les marines américains ont parallèlement réduit
l'ampleur de leur participation aux mesures d'assistance après
avoir accepté de ne pas porter d'armes ou d'installer
un camp de base sur le sol indonésien.
Mercredi,
des hélicoptères des marines ont effectué
leur première mission dans la ville de Calang pour
y déposer une équipe médicale française.
Ils ont aussi livré des équipements aux soldats
indonésiens à Meulaboh, plus au sud.
Venir
en aide aux plus nécessiteux est un cauchemar logistique,
des routes ayant été rayées de la carte
ou étant bloquées par des arbres. L'afflux important
d'avions chargés d'aide humanitaire à Sumatra
a contraint les autorités à ouvrir un nouvel
aéroport cette semaine sur l'île proche de Sabang.
A
New York, un haut responsable du Bureau de l'ONU pour la coordination
des Affaires humanitaires était optimiste quant aux
progrès enregistrés dans l'acheminement de l'aide.
Au Sri Lanka, "l'assistance alimentaire, si cela peut
tenir lieu de baromètre, a été distribuée
à toutes les personnes affectées", a souligné
Kevin Kennedy. Il a néanmoins déclaré
que certains villages sinistrés sur la côte occidentale
de Sumatra n'avaient encore reçu aucune assistance.
Mercredi,
deux bâtiments militaires japonais faisaient route vers
Sumatra, pour prendre part aux efforts de secours. Tokyo a
déjà promis 500 millions de dollars (376 millions
d'euros) d'aide, ce qui en fait l'un des plus importants donateurs.
Dans
le même temps, l'Union européenne a assuré
les pays africains en développement que leur sort ne
serait pas oublié en ces temps de mobilisation en faveur
des pays touchés par le tsunami. "Les déshérités
à travers le monde ne paieront pas le prix de ce désastre",
a déclaré le président de la Commission
José Manuel Barroso. "De toute évidence,
la priorité de l'UE est et sera l'Afrique".
Source
: AP |