| Indonésie:
l'armée veut reprendre la main à Aceh
L'armée
indonésienne a imposé mardi des restrictions
aux humanitaires dans la province d'Aceh dévastée
par les raz-de-marée, arguant de la menace d'attaques
de la guérilla séparatiste.
Cette
annonce a ajouté à la confusion régnant
dans le nord de Sumatra alors que les ONG étrangères
éprouvent déjà des difficultés
à coordonner leurs actions d'assistance aux plus de
650.000 déplacés par la catastrophe.
Le
chef d'état-major indonésien, le général
Endriartono Sutarto, a déclaré que des militaires
accompagneraient et superviseraient désormais les missions
de secours à l'extérieur de la capitale de la
province, Banda Aceh. Les avions et les navires opérant
dans la province pour acheminer l'aide devront recevoir une
autorisation de quatorze jours. Un militaire indonésien
pourra même être placé à bord, a-t-il
précisé. Ces mesures sont selon lui nécessaires
pour protéger les humanitaires des attaques du Mouvement
Aceh libre (GAM), la rébellion qui se bat pour l'indépendance
d'Aceh depuis 1976. Les affrontements avec l'armée
ont fait plusieurs milliers de morts.
Selon
le général, un médecin a été
retenu pendant quelque temps en otage par des rebelles et
des convois ont été pris dans des embuscades.
"Le GAM a essayé de bloquer l'aide alimentaire,
ils ont dérobé la nourriture et les médicaments",
a-t-il dit, sans cependant fournir de détail. Ces affirmations,
peu étayées, ont semé la confusion sur
la réalité de la menace représentée
le GAM et souligné le décalage entre l'armée
et le gouvernement sur ce dossier. Le ministre des Affaires
étrangères Hasan Wirayuda assurait mardi que
Jakarta mettait tout en oeuvre pour faire tenir la trêve
décrétée par les deux parties, au lendemain
de la catastrophe du 26 décembre, qui a fait plus de
100.000 morts dans la province d'Aceh.
Le
GAM a répliqué mardi en assurant qu'il garantissait
"la sécurité et un accès libre à
tous les travailleurs humanitaires internationaux" engagés
dans les opérations de secours post-tsunami, dans un
message envoyé sur un téléphone portable.
Ces restrictions sont selon le front séparatiste "seulement
un geste du gouvernement colonial indonésien, qui est
extrêmement inquiet de la présence de travailleurs
humanitaires et de militaires internationaux, pour leur faire
peur et les éloigner".
La
bonne nouvelle mardi était à chercher à
Meulaboh, ville quasiment rasée de la côte ouest
du nord de Sumatra, qui est sortie de son isolement en voyant
arriver le premier convoi important d'aide par la route. Cinquante
petits camions de l'Organisation internationale pour les migrations
(OIM) ont en effet atteint cette zone qui n'était joignable
depuis seize jours que par mer et par air. Parti samedi de
Medan, la grande ville du nord de Sumatra, ce convoi de véhicules
à six roues a apporté du carburant, des vêtements,
des tentes fournies par l'OIM ainsi que de l'aide donnée
par les autorités indonésiennes. "Les conducteurs
ont rapporté des conditions routières extrêmement
difficiles, avec des pentes abruptes, de la boue et des ponts
endommagés, qui ont forcé le convoi à
progresser à une allure d'escargot", a expliqué
l'organisation.
Meulaboh
a été très sévèrement frappée
par la catastrophe. Environ 28.000 personnes y ont perdu la
vie, selon les chiffres officiels, et le ramassage des morts
se poursuivait encore dans la ville mardi, 16 jours après
le raz-de-marée. Le ministère des Affaires sociales
a diffusé mardi un nouveau bilan des morts dans la
catastrophe, de 105.262 personnes. Le nombre de disparus se
monte à 10.046, selon le ministère. Le ministère
de la Santé avance lui des chiffres différents,
en comptabilisant 95.000 morts et 77.000 disparus.
Source
: AFP |