| Un
restaurant pour anorexiques et boulimiques à Berlin
Aux
fourneaux malgré des tendances anorexiques... C'est
le quotidien de Claudia, toque blanche d'un nouveau et unique
restaurant berlinois spécialement conçu pour
ceux, surtout celles, qui souffrent d'anorexie ou de boulimie.
Sa
patronne, Katja Eichbaum, revient de loin. Son appétit
s'est déréglé avec l'adolescence quand
ses parents se séparaient. Elle perdait jusqu'à
dix kilos puis les reprenait en un rien de temps avant d'être
hospitalisée trois mois en 2003.
Une longue thérapie a depuis porté ses premiers
fruits, explique-t-elle sur l'un des deux immenses canapés
installés pour que les clients "se sentent comme
chez eux". Un feu crépite dans une cheminée
dernier-cri, les couleurs des murs et du menu sont chaleureuses,
la lumière tamisée.
Katja
et Claudia ont donc commencé à s'en sortir et
pour tenter d'en faire profiter les autres, elles ont ouvert
le mois dernier le premier restaurant d'Allemagne, et vraisemblablement
d'Europe, où anorexiques et boulimiques peuvent aller
sans avoir honte.
"L'important,
c'est que les filles fassent le premier pas, qu'elles goûtent
du moins. Elles peuvent aussi ne demander que des demi-portions",
précise Katja, la trentaine. Pour qu'elles ne se sentent
pas stigmatisées, rien à l'entrée ou
sur le menu n'indique que "Sehnsucht" (Nostalgie)
est un établissement spécialisé. Il est
d'ailleurs ouvert à tous, ce qui permet de réaliser
un chiffre d'affaires jugé encourageant pour un début.
La
cuisine? "Tout à fait normale. Ni pas assez ni
trop", résume la patrone qui cherche avant tout
à rassurer sa clientèle. Les noms de plats,
souvent poétiques, sont là pour installer la
confiance: "Faim de loup" pour une selle d'agneau,
"Âme" pour une crême de cappucino avec
biscuit...
Katja,
qui a exercé toutes sortes de boulots, a elle-même
conçu la carte, sans avoir recours aux soins d'un médecin
ou d'un nutritionniste.
"J'ai
réappris à manger avec ma thérapie",
dit-elle, convaincue d'être en mesure d'aider les clients,
qui viennent souvent en groupe, comme ceux de l'association
"Dick und duenn" ("Gros et maigres").
Une
trentaine d'anorexiques et boulimiques ont déjà
poussé la porte du restaurant, qui, selon le médecin
Thomas Falbesaner, peut fonctionner "en tant qu'espace
préservé, pour des gens qui retournent vers
une vie normale, mais ont toujours un rapport sensible avec
l'alimentation".
D'autres
petites astuces sont là pour apprivoiser l'appétit:
les petits déjeuners ne sont pas servis sur une grande
assiette qui pourrait effrayer, mais sur trois petites disposées
en étagères. Les boules de glace sont déposées
dans de petits bocaux sur un gazon en plastique qui semble
évoquer un après-midi printanier.
Enfin,
le personnel --la majorité a un appétit normal--
a pour consigne de ne pas faire de réflexion, même
anodine, si une cliente ne finit pas son assiette. "Ca
arrive", reconnaît Claudia, qui, malgré
ses tendances anorexiques, n'a jamais eu de mal à cuisiner
pour les autres, même copieusement.
Le
mois prochain, Katja veut ouvrir, aux côtés du
restaurant, une permanence où les anorexiques pourront
se retrouver, réfléchir à l'organisation
Source
: AFP |