| Restructuration
chez Arkema: les élus craignent des conséquences en cascade
Les
élus des Alpes-de-Haute-Provence redoutent une "catastrophe
humaine" dans leur département, après le
plan de suppressions de postes dans l'usine Arkema de Saint-Auban,
qui va entraîner selon eux des conséquences économiques
en cascade et la disparition de centaines d'emplois induits.
"Fermer
l'usine, ça revient à fermer tous les volets
dans la ville car hors du site, il n'y a presque rien",
déclare José Escanez, le maire MDC de Château-Arnoux-Saint-Auban.
"C'est la seule industrie importante" dans un département
essentiellement rural où vivent 140.000 personnes,
avec l'usine Sanofi à Sisteron, poursuit-il.
Arkema
(groupe Total) a annoncé la suppression de 548 postes
en France, dont 380 sur 713 dans son usine chimique de Saint-Auban.
"C'est
une véritable catastrophe économique, sociale,
humaine", s'exclame le président PS du département
et député, Jean-Louis Bianco. Elus et syndicats
estiment à 3.000 le nombre d'emplois menacés
en comptant les emplois induits, soit 10% de l'emploi privé
du département. La fermeture du site qu'ils redoutent
à terme entraînerait aussi "la perte de
9,8 M EUR de taxe professionnelle et 25 M EUR de masse salariale",
selon la mairie.
"L'usine
nous apporte de la richesse fiscale, des PME, des commerces,
des élèves dans les collèges et lycées",
résume le député-maire UMP de Sisteron
Daniel Spagnou.
L'usine
avait été construite en 1916 pour produire de
l'ypérite, gaz mortel utilisé pendant la première
guerre mondiale, tandis qu'était érigée
une cité ouvrière sur le plateau de Saint-Auban.
Elle a fini par apposer son nom à la commune de Château-Arnoux
"tant elles sont intimement liées", ajoute
le maire, un ancien de l'entreprise.
Les
élus locaux, qui adhèrent à un "comité
de vigilance" aux côtés des syndicats, exigent
le retrait du plan et proposent "12 pistes" alternatives.
L'intersyndicale
(CGT, CFDT, CFTC, CFE-CGC) multiplie les arrêts de travail.
Car les syndicats ne croient pas à la "pérennisation"
de l'activité annoncée par la direction, tant
les activités sont dépendantes les unes des
autres.
"Ils
disent vouloir arrêter la production de certaines matières
premières, qu'ils feraient désormais venir,
pour faire des économies mais dans deux ans ils parleront
de surcoûts liés au transport", affirme
Bernard Carmona, secrétaire CGT du CE.
Les
élus mettent aussi en doute la création de 400
emplois sur quatre ans annoncée par Arkema, dans le
cadre d'un plan de soutien à l'économie locale.
"Je n'y crois pas", lance M. Spagnou. "Les
entreprises ne vont pas venir dans une région sinistrée".
Les
élus craignent également la mise "en péril"
de toute une filière industrielle", avec des conséquences
jusqu'aux Salins-de-Giraud, en Camargue, dont le sel entre
dans la fabrication du chlore, et sur l'activité fret
de la SNCF.
Selon
les syndicats des Salins, Saint-Auban absorbe 300.000 tonnes
de sel par an et pourrait ne plus en prendre que le tiers.
La direction se refuse à tout commentaire.
Ce
sel est transporté par la SNCF (quatre trains hebdomadaires)
jusqu'à Saint-Auban, d'où elle réexpédie
160.000 tonnes de soude par an (trois trains par semaine).
"Ce trafic représente 90% du fret de la ligne"
Marseille-Briançon, indique Arnaud Sohier, directeur
commercial du fret Méditerranée. "Mais
l'impact du plan est pour l'instant difficile à mesurer.
L'usine pourrait avoir besoin d'autres produits et générer
d'autres trafics".
Source
: AFP |