| En
France, la sélection à l'embauche est facteur d'exclusion
La
sélection des candidats à l'embauche en France
est davantage basée qu'ailleurs sur l'âge, le
diplôme et l'apparence physique, ce qui risque de conduire
à une exclusion "précoce et massive de
candidats sur la base de critères discutables, voire
injustes", selon une étude du Centre d'études
de l'emploi.
Au
moment où le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin
tient une réunion nationale sur l'égalité
des chances et la lutte contre les discriminations dans l'entreprise,
cette étude du CEE affirme qu'"une réflexion
sur ces questions est plus que nécessaire en France,
ne serait-ce que parce que la sélection +à distance+
est une source importante de discriminations".
Le
CEE a analysé un corpus de 1.200 annonces, composé
à parts égales d'offres d'emploi françaises,
espagnoles et britanniques, et est parvenu à la conclusion
que "les offres françaises contiennent de nombreux
critères de sélection qui, actionnés
en amont du processus de recrutement, conduisent à
un filtrage serré et précoce des candidats"
en fonction de "leur âge, leur diplôme ou
leur expérience".
A
cela s'ajoute "la nécessité typiquement
française d'envoyer, avant tout échange avec
un interlocuteur, un dossier comportant nécessairement
un CV (curriculum vitae) mais aussi une lettre de motivation,
voire une photographie", ce qui "accentue l'importance
de la présélection".
Il
en résulte qu'en France, "plus de 90% des annonces
concernées ciblent les 25-40 ans, tandis qu'en Espagne,
elles sont deux fois moins nombreuses à s'inscrire
dans cette fourchette".
Par
ailleurs, la mention systématique de la formation "se
traduit par une surenchère à la hausse des diplômes
requis". Ainsi, les annonces françaises "mentionnent
sept fois sur dix un critère de formation, qui est
souvent focalisé sur des études supérieures,
et ce pour les emplois les plus divers", ce qui n'est
le cas ni en Espagne, ni en Grande-Bretagne, selon le CEE.
"A
la lecture de la comparaison internationale, l'élitisme
des annonces françaises paraît véritablement
excessif", insiste l'étude.
Si
les trois pays partagent l'exigence d'une expérience
préalable, "en France la durée d'expérience
est souvent (52% des cas) supérieure ou égale
à trois années, décourageant d'emblée
les débutants", alors que ce critère reste
rare dans les annonces britanniques et que l'expérience
demandée en Espagne est généralement
de quelques mois.
L'étude
insiste sur le cumul de tous ces critères dans les
annonces françaises, mais aussi sur le fait qu'ils
arrivent très en amont du recrutement: le candidat
doit ainsi envoyer CV, lettre de motivation, et parfois photographie
et prétentions salariales "en aveugle", avant
même tout contact téléphonique.
Cela
encourage les candidats à multiplier les candidatures
pour passer entre les mailles du filet, et les recruteurs
à regarder "le haut du CV" (nom, sexe, âge,
lieu de résidence), ce qui tend à accentuer
la discrimination, souligne le CEE.
Enfin,
la demande de photographie "est plus prononcée
en France, alors qu'elle est prohibée en Grande-Bretagne
pour limiter les pratiques discriminatoires".
Tout
cela conduit "à écarter à priori
de l'embauche les demandeurs d'emploi les plus âgés,
les moins expérimentés, les moins diplômés
ou encore ceux qui vivent dans un quartier discrédité
ou dont le profil hors normes se résume difficilement
sur un CV", autant d'exclusions qui "contribuent
nécessairement à alimenter le chômage
de longue durée", selon le CEE.
Source
: AFP |