| Mort
du juge Borrel: Djibouti relance l'affaire sur le terrain judiciaire
Huit
ans après avoir conclu à un suicide, la justice
de Djibouti a nommé un juge d'instruction pour enquêter
sur la mort en 1995 du juge français Bernard Borrel
qui fait l'objet en France d'une enquête privilégiant
la thèse de l'assassinat.
Le
juge djiboutien, désigné le 20 octobre 2004,
a aussitôt délivré une commission rogatoire
internationale réclamant la copie du dossier d'instruction
français. "Nous évaluons la faisabilité
de répondre à la demande du juge de Djibouti",
a indiqué le parquet de Paris.
"C'est
un artifice procédural pour avoir accès au dossier
français qui met en cause de hautes personnalités
djiboutiennes. Ces autorités cherchent à connaître
les charges qui pèsent contre elles", a dénoncé
à l'AFP Me Olivier Morice, avocat d'Elisabeth Borrel,
veuve de Bernard Borrel et partie civile dans ce dossier.
Le
18 octobre 2004, deux jours avant la nomination du juge djiboutien,
la juge française Sophie Clément avait refusé
de transmettre la copie de son dossier d'instruction au procureur
de la république de Djibouti qui en avait fait la demande.
La
thèse du suicide du juge Borrel, retrouvé mort
à demi-calciné en 1995 au pied d'un ravin, a
longtemps été privilégiée avant
d'être mise à mal par une série d'expertises
remises en 2004 à la juge parisienne, qui orientait
alors son enquête vers un assassinat.
La
juge corroborait ainsi ce que la veuve de Bernard Borrel affirme
depuis des années: son mari ne s'est pas suicidé
en s'aspergeant d'essence mais a été assassiné.
Selon elle, son mari enquêtait sur des affaires dans
lesquelles était impliqué le président
Guelleh, alors chef de cabinet de son oncle et chef d'Etat,
Hassan Gouled Aptidon. Ces affaires auraient pu concerner
des trafics d'armes mais aussi l'attentat du Café de
Paris, à Djibouti, en 1990, qui avait tué un
Français et fait 11 blessés.
"Nous
sommes en train de revivre ce qui s'est passé dans
le dossier de l'attentat du Café de Paris, où
le principal commanditaire, qui était poursuivi en
France, n'a été condamné qu'à
une peine très légère à Djibouti",
explique Me Morice rappelant "qu'une personne ne peut
être jugée deux fois pour les mêmes faits".
"On
voit mal en effet des juges de Djibouti mettre en cause le
chef des services secrets djiboutiens, Hassan Saïd, dont
la Cour d'appel de Versailles a demandé l'audition
(pour une éventuelle subordination de témoin
ndlr), ou le procureur de la République de Djibouti,
Djama Souleiman, également mis en cause dans ce dossier",
a estimé l'avocat.
Les
développements de l'enquête sur le juge Borrel
sont à l'origine de tensions entre Paris et Djibouti
qui a récemment expulsé pour cela six coopérants
français.
Dans
un communiqué publié le 29 janvier, le ministère
français des Affaires étrangères a regretté
ces expulsions, soulignant "l'excellente collaboration
des autorités et de la justice djiboutiennes"
dans le cadre de l'instruction française et assurant
"qu'une copie du dossier (d'instruction) sera prochainement
transmise à la justice djiboutienne".
"Cette
prise de position du quai d'Orsay constitue une ingérence
intolérable du pouvoir exécutif dans une information
judiciaire en cours", a aussitôt dénoncé
Me Morice.
Les
autorités de Djibouti ont de leur coté affirmé
la semaine dernière avoir "collaboré pleinement"
dans l'enquête sur la mort du juge.
L'enquête
sur la mort du juge Borrel a été conduite de
"bout en bout par les autorités françaises
dans le cadre de commissions rogatoires internationales avec
lesquelles Djibouti a collaboré pleinement", a
précisé un communiqué du ministère
djiboutien des Affaires étrangères.
Djibouti
n'a pas interféré dans le "traitement judiciaire
de l'affaire Borrel", et il n'y a jamais eu d'enquêtes
parallèles l'une djiboutienne concluant "au suicide"
et l'autre française privilégiant "l'assassinat",
selon ce texte.
Paris
dispose à Djibouti de sa plus grande base militaire
en Afrique avec 2.700 hommes.
Source
: AFP |