| Assassinat
raciste à Dunkerque: l'accusé déroule son tableau de chasse
Un
routier de 50 ans, accusé d'un assassinat et de seize
tentatives d'assassinat au fusil de chasse pour des motifs
racistes, a expliqué mercredi devant la cour d'assises
du Nord à Douai qu'il avait voulu "faire un tableau
de chasse" avec les Maghrébins visés.
"Je
reconnais les faits, je plaide coupable et j'admets aussi
qu'au moment des faits j'étais raciste", a déclaré
l'accusé à l'ouverture de son procès,
avant d'être interrogé sur ses motivations.
Joël
Damman comparaît pour avoir, le soir du 4 octobre 2002,
visé depuis son 4x4 des passants discutant sur le seuil
de deux cafés, à Dunkerque et dans sa banlieue,
à Grande-Synthe. L'un d'eux, Mohamed Maghara, 17 ans,
a été mortellement blessé, atteint aux
poumons, au coeur et à la carotide.
"Au
départ, j'étais juste parti pour faire peur
(...) Ensuite je me suis cru un peu dans une journée
de chasse. Je voulais faire un tableau", explique-t-il.
Grippé,
immobile et apathique, répondant de manière
brève aux questions, Joël Damman ne trahit guère
de remords dans son attitude. La famille de la victime et
les passants visés écoutent en silence.
Il
explique avoir été "mis en colère"
par un procès de terroristes islamistes à Paris,
et le récit de l'ex-petite amie de son fils qui lui
a raconté avoir été agressée par
des Arabes. Il avait aussi consommé une bouteille de
vin dans l'après-midi et avalé dix cachets contenant
un dérivé morphinique.
"C'est
quoi pour vous un Maghrébin, aujourd'hui", lui
demande un avocat de la partie civile. "Maintenant je
sais que c'est un être humain comme nous, mais à
l'époque je pensais que c'étaient des sous-hommes...
des Arabes quoi", répond l'accusé.
Quand
on lui demande pourquoi il s'est d'abord dirigé vers
Grande-Synthe, Damman répond: "parce que c'est
là qu'il y a le plus de Maghrébins".
Formé
au maniement des armes lors de son service militaire à
Djibouti, et passionné de chasse, l'homme s'est décrit
lui-même aux enquêteurs comme un excellent tireur.
Les victimes appelées à la barre, touchées
sans trop de gravité par des plombs de chasse ou épargnées
alors que le tireur était à moins de 10 mètres,
expliqueront toutes qu'elles sont conscientes d'avoir échappé
de peu à la mort.
Après
son équipée, Damman s'était couché
en pensant n'avoir fait aucun blessé. "Simplement
j'avais fait assez de vacarme comme cela", justifie-t-il
devant la cour.
"J'ai
su qu'il y avait eu un mort aux infos de 13 heures, et là
je me suis dit que les gendarmes viendraient m'arrêter
parce que sur Dunkerque il y a pas beaucoup de 4x4",
raconte-t-il. Mais interrogé par sa femme, il nie être
le meurtrier.
Bien
qu'il ait camouflé sa plaque d'immatriculation le soir
des faits, il sera effectivement interpellé le surlendemain
et déclarera aux gendarmes: "j'avais envie de
montrer aux Arabes ce qu'un Français peut avoir dans
le pantalon".
Le
verdict est attendu vendredi.
Source
: AFP |