| Filières
irakiennes: voir Falloujah et mourir
Thamer
et Chérif n'iront pas à Falloujah. Ils ne combattront
pas les troupes américaines en Irak ni ne mourront
en martyr: la filière, par laquelle ont transité
une dizaine de jeunes hommes en France, a été
démantelée par les enquêteurs la semaine
dernière.
Thamer
Bouchnak et Chérif Kouachi, 22 ans tous les deux, n'ont
pas le profil d'extrémistes endurcis, mais sont plutôt
représentatifs du jeune d'une cité parisienne,
selon leurs avocats. Le premier a obtenu un bac pro et se
retrouve livreur au chômage; le second a abandonné
la filière "sports études" en football
avant de devenir livreur de pizzas.
Thamer
a été arrêté le 24 janvier à
sa descente d'avion à Orly alors qu'il revenait de
La Mecque. Avec Chérif, ils devaient s'envoler le lendemain
pour Damas (Syrie).
Tous
deux ont croisé dans le XIXe arrondissement Farid Benyettou,
23 ans, prédicateur de rue, salafiste et "recruteur"
présumé du réseau. Mince, cheveux longs,
l'homme exerce un ascendant sur les jeunes de la cité
Curial dans le XIXe.
Les
enquêteurs le considèrent comme le leader de
la formation spirituelle de ce groupe de jeunes gens. Son
beau-frère, Youcef Zemmouri, membre du Groupe salafiste
pour la prédication et le combat (GSPC), a été
arrêté à la veille de la Coupe du monde
de football à Paris.
L'été
dernier, Thamer Bouchnak s'est rendu une première fois
à Damas pendant 15 jours, pour y apprendre l'arabe
dans une école coranique. Le séjour n'a pas
été une réussite, selon son avocat.
A
l'image d'Abdelhalim Badjoudj, 19 ans, "mort en martyr"
le 20 octobre dernier sur la route de l'aéroport de
Bagdad, peu de ces jeunes parlent l'arabe et ils ont encore
plus de mal à s'identifier à la culture irakienne.
Pourtant,
la loi sur la laïcité, la présence américaine
en Irak, l'occupation israélienne des territoires palestiniens
permettent aux islamistes radicaux, par la politique de l'amalgame,
de récupérer ces jeunes, peu au fait des problèmes
internationaux.
A
Damas, les deux apprentis combattants devaient être
accueillis par une garçon de 14 ans, acheter leur kalachnikov
puis gagner l'Irak. "Je voulais combattre mais pas dans
n'importe quel groupe. Je ne voulais pas participer à
une attaque suicide", a déclaré Thamer
Bouchnak aux enquêteurs, selon son avocat.
"Mon
client a été plutôt content d'être
arrêté par la police plutôt que de mener
son projet à terme", assure de son côté
l'avocat de Chérif Kouachi. "Cette histoire, c'est
celle d'une bande de gamins; deux ou trois se poussent du
col, on fait de la surenchère et on ne peut plus reculer",
tempère-t-il.
"Quelle
différence y a t-il entre se faire sauter à
Fallouja ou à Paris?", s'interroge pour sa part
une source judiciaire. "Certains voulaient mourir en
martyr", ajoute-t-elle, faisant référence
aux projets d'attentats en France évoqués lors
des gardes à vue par les trois jeunes gens, qui n'ont
pas pour autant donné de cibles précises.
Ils
ont été mis en examen pour "association
de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste"
par les juges d'instruction antiterroristes puis écroués
vendredi et samedi.
Source
: AP |