| Le
mémorial de la Shoah ouvre ses portes au public
Soixante
ans après la libération du camp d'Auschwitz,
un Mémorial de la Shoah, tourné vers le grand
public mais aussi institution de référence en
Europe, ouvre ses portes jeudi à Paris au coeur du
centre historique du Marais.
Inauguré
le 25 janvier par le président de la République
Jacques Chirac, le Mémorial, qui s'étend entre
la rue Geoffroy l'Asnier et la rue du Pont-Louis-Philippe
grâce à trois bâtiments donnés par
la Ville de Paris, ouvre au public à la date anniversaire
de la libération du camp d'Auschwitz où ont
péri plus d'un million de personnes, dont 90% des 76.000
déportés juifs de France.
Né d'une volonté commune du Mémorial
du martyr juif inconnu et du Centre de documentation juive
contemporaine (CDJC), déjà installés
sur le site, le Mémorial se veut l'institution de référence
en Europe pour la Shoah, tout comme le musée de l'Holocauste
à Washington ou Yad Vashem à Jérusalem,
a souligné Jacques Fredj, son directeur. Pour lui,
le nouveau Mémorial auquel plusieurs partenaires publics
ont été associés, est "le signe
d'une mémoire apaisée".
Eric
de Rothschild, président du Mémorial, a pour
sa part souligné que ce nouveau lieu de mémoire
souhaitait "apporter sa contribution non seulement à
l'enseignement d'une histoire qui continue de hanter notre
quotidien mais aussi à l'éducation et à
la réflexion sur la tolérance, la liberté
et la démocratie à partir d'un crime unique
dans l'histoire de l'humanité".
Dès l'entrée, sur le parvis, a été
édifié le Mur des Noms qui porte, gravés
dans la pierre, les noms, prénoms et dates de naissance
des 76.000 juifs déportés de France (dont 11.000
enfants) entre 1942 et 1944.
La
réalisation de ce mur a nécessité pendant
deux ans le travail de six documentalistes qui ont comparé
les listes originales du service antijuif de la Gestapo saisies
à la Libération par des membres du CDJC à
d'autres sources d'archives, notamment le Mémorial
des déportés juifs de France établi par
l'avocat Serge Klarsfeld.
Le Mémorial proprement dit comprend notamment une exposition
permanente sur le sort des juifs pendant la guerre. "L'idée,
a souligné à cet égard Jacques Fredj,
a été de faire non pas un musée de la
Shoah mais une exposition sur les Juifs de France. A côté
de la grande Histoire, a-t-il ajouté, nous avons voulu
apporter un éclairage sur des destins individuels".
Les
lieux sont organisés autour de la crypte, édifiée
en 1956, autour d'un tombeau-mémorial destiné
à toutes les victimes de la Shoah.
Les
expositions sont ponctuées de nombreux films et photos.
A cet égard, est installé dans une salle, le
Mémorial des enfants, tapissé par plus de 2500
photos d'enfants juifs déportés extraites d'un
livre de Serge Karsfeld.
Tant
pour les espaces dédiés au public que pour le
Centre de documentation et les bureaux, le mémorial
s'élève sur huit étages sur un total
de 5000 m2.
Une
zone d'archivage de près de 900 m2, contenue dans une
cuve d'acier, accueillera l'ensemble du fonds de documentation.
Le
mémorial comprend aussi auditorium et salle des lectures,
ainsi que de grands espaces multimédia destinés
aux jeunes générations.
Le
Mémorial de la Shoah a mis en ligne un site internet,
destiné aux enfants de 8 à 12 ans, le Grenier
de Sarah, qui raconte l'histoire de la Shoah à travers
le destin d'enfants juifs et introduit à la culture
yiddish.
Ce
site (www.grenierdesarah.org) présente sous forme de
mini séquences animées ou illustrées
par des photos d'époque l'histoire vraie d'Albert,
entré dans la résistance, de Francine, déportée
en 1944 ou de Rachel, cachée par des "Justes",
avec leurs mots d'enfants.
Source
: AFP |