| L'Etat
condamné pour faute lourde dans l'affaire des disparus de Mourmelon
Le
tribunal de grande instance de Paris a condamné mercredi
l'Etat français à verser 25.000 euros de dommages
et intérêts à la famille de Trevor O'Keefe
et à toutes les autres familles des victimes présumées
de l'adjudant Pierre Chanal dans l'affaire des disparus de
Mourmelon, pour les fautes lourdes commises par la justice
au cours de l'enquête.
Au
total, 25.000 euros ont été alloués à
36 membres des familles des huit jeunes hommes dont la mort
a été imputée à l'adjudant Chanal,
à savoir Trevor O'Keefe, Patrice Denis, Patrick Gache,
Patrick Dubois, Serge Havet, Manuel Carvalho, Pascal Sergent
et Olivier Donner.
Les
juges ont fustigé "l'inaptitude du service public
de la justice à remplir sa mission" car une "serie
de fautes" commises par les juges d'instruction et les
enquêteurs "ont ralenti l'instruction des différentes
affaires de disparitions inquiétantes" et ont
conduit "à ce que demeurent inconnues les circonstances
de l'enlèvement et du décès de plusieurs
victimes".
Eroline
O'Keefe, la mère de Trevor, avait assigné l'Etat
en juin 2002. Elle reproche notamment au juge d'instruction
de Saint-Quentin, en charge de ce dossier avant d'en être
dessaisi, d'avoir perdu de nombreux scellés et attendu
1994 pour mettre Pierre Chanal en examen alors qu'il existait
des preuves à son encontre dès 1989. Les autres
familles l'ont rejoint en cours de procédure.
Le
jeune Irlandais Trevor O'Keefe avait disparu dans l'Est de
la France en été 1987 alors qu'il faisait de
l'auto-stop. Le 8 août 1987, son corps était
découvert à Alaincourt (Aisne). Une information
judiciaire a été ouverte le 13 août. L'enquête
a piétiné pendant longtemps.
Il
a fallu attendre le 9 août 1988 et l'arrestation près
de Mâcon de Pierre Chanal qui séquestrait un
auto-stoppeur hongrois, Paläzs Falvay, dans son combi
Volkswagen, pour que l'affaire avance. Mais l'ancien militaire
ne sera mis en examen que le 28 novembre 1994 pour le meurtre
de Trevor O'Keefe.
Accusé
de sept autres disparitions, Pierre Chanal a bénéficié
d'un non-lieu dans cinq dossiers en 2001. Il tentera de mettre
fin à ses jours, à la veille de l'ouverture
de son procès à Reims en mai 2003. Le 14 octobre
2003, lors de la deuxième ouverture du procès
devant la cour d'assises de la Marne à Reims, Pierre
Chanal a choisi de ne pas comparaître. Il réussira
sa tentative de suicide dans la nuit du 14 au 15 octobre,
provoquant ainsi l'extinction de l'action publique.
Source
: AP |