| Simone
Veil dans un lycée de Drancy pour parler de la déportation
Simone
Veil est revenue mardi à Drancy, quelque 60 ans après
y avoir été internée, à 16 ans,
en transit pour Auschwitz, afin de parler de la déportation
aux jeunes d'aujourd'hui et dialoguer avec eux.
La
présidente de la Fondation pour la mémoire de
la Shoah, accompagnée du ministre de l'Education nationale,
François Fillon, s'est rendue au lycée Eugène
Delacroix rencontrer quatre classes de Seine-Saint-Denis qui
ont travaillé depuis le début de l'année
sur ce thème: des écoliers de CM2, des collégiens
de 3e et des lycéens de 2e et de 1e.
"J'avais votre âge, l'âge de certains d'entre
vous, quand j'ai été arrêtée dans
une rue de Nice tout simplement parce que j'étais juive
et que les juifs, pour les nazis, n'avaient pas le droit de
vivre", a souligné Simone Veil. Elle a raconté
son internement à Drancy, le long voyage en train,
l'arrivée, si choquante à Auschwitz "avec
les projecteurs, les SS, les chiens, les bagnards..."
Elle
avait la chance d'être jeune et en bonne santé,
le "hasard" lui a permis de survivre et de revenir,
une parmi les 2.600 juifs français sur 78.000 déportés.
Elle a dit aussi "combien l'instinct de vie, de résister,
de durer un jour de plus, victoire sur les bourreaux, lui
avait permis de ne pas mourir par moins 25 degrés l'hiver".
Au
retour cet instinct avait duré avec la volonté
de faire quelque chose de sa vie, "travailler, se marier
et faire très vite des enfants".
En
réponse aux jeunes, Simone Veil a avancé les
raisons de son engagement : "L'humanité ne peut
accepter que cela se reproduise, accepter des génocides,
des discriminations pour raisons de différences de
religion, de couleur, d'opinion. Nous appartenons tous à
la même humanité".
S'adressant
à ces jeunes de diverses origines (36 nationalités
se côtoient au lycée), elle a lancé: "la
vie peut vous être difficile si vous n'êtes pas
nés ici, si vous avez des traditions différentes.
Les habitudes des autres peuvent vous gêner. Je vous
dis: cela n'a aucune importance. La diversité est une
richesse et c'est dès le plus jeune âge que se
scelle la tolérance indispensable pour qu'il n'y ait
plus jamais ça".
Mme
Veil a dénoncé le régime de Vichy, soulignant
pourtant que la "collaboration n'était pas de
même nature que la volonté systématique
d'extermination organisée des nazis".
Elle
a voulu rendre hommage aux "Justes", à tous
les Français, a-t-elle dit, grâce à qui
tant d'enfants ont été sauvés. "Je
suis sûre qu'à Drancy, il y eut beaucoup de gens
qui ont eu mal devant ce qui se passait et qui ont voulu aider",
a-t-elle conclu.
Les
jeunes ont frémi, ils ont écouté en silence.
Ils ont appris d'elle mais déjà ils savaient.
"On savait beaucoup mais quand on a vu les images, celles
de +Nuit et Brouillard+, on a eu le choc absolu. J'y repense
la nuit", a confié à l'AFP Imen, une élève
de 1ère.
Son
amie Sabrina a de son côté évoqué
les photos ramenées d'un voyage à Auschwitz
par son prof d'histoire: "Comment est-ce possible?",
a-t-elle soufflé.
François
Fillon avait auparavant appelé les jeunes à
ne pas oublier : "Nous sommes toujours convalescents
d'un tel choc. (..) Un jour, vous serez les meilleurs témoins
de ce passé que vous n'avez pas vécu".
Il
les a enjoint au combat contre l'antisémitisme: "ceux
qui peignent des croix gammées sur les tombes ont parfois
votre âge. Adolescents d'aujourd'hui, vous êtes
concernés".
Le
camp de Drancy a été, jusqu'à sa libération
le 17 août 1944, le principal lieu de départ,
vers le camp d'extermination nazi d'Auschwitz-Birkenau, pour
70.000 à 80.000 juifs.
Réquisitionné
par l'armée allemande le 14 juin 1940, l'ensemble fut
d'abord transformé en camp de prisonniers de guerre.
Il devint, le 20 août 1941, un camp de concentration
de juifs, après la première rafle dite "du
11ème arrondissement" car la plupart des 4.200
juifs arrêtés y habitaient.
Devant
ce site en forme de "fer à cheval", des barbelés
avaient été installés ainsi que des miradors,
sous la surveillance extérieure de gendarmes français.
Durant les premières années, un fonctionnaire
français assurait le commandement du camp et faisait
appliquer le règlement.
Le
premier convoi est parti de Drancy le 22 juin 1942. Il était
composé de 934 hommes et de 66 femmes internés
dans le camp. Seuls 34 survivants de ce train reviendront
en 1945.
La
deuxième période du camp de Drancy a débuté
avec la grande rafle des 16 et 17 juillet 1942 dite "Rafle
du Vel d'Hiv", lorsque 13.152 hommes, femmes et enfants
ont été arrêtés. Parmi eux, 4.992
ont été internés à Drancy.
Enfin,
le 2 juillet 1943, une nouvelle équipe d'Allemands,
avec à sa tête Aloïs Brünner, a pris
le contrôle du camp. Les représentants de l'administration
vichyiste ont alors été "relevés
de leurs fonctions", n'assurant plus que la garde extérieure.
Source
: AFP |