| Roland
Dumas justifie les écoutes
"La
cellule élyséenne faisait partie du dispositif
de l'Etat destiné à protéger les citoyens
et l'Etat lui-même", a déclaré mardi
Roland Dumas au tribunal correctionnel de Paris qui juge l'affaire
dite des "Ecoutes de l'Elysée".
L'ex-ministre
des Affaires étrangères de François Mitterrand,
qui s'est prévalu à la barre de l'amitié
dont l'honorait le défunt président, a justifié
les interceptions dont ont fait l'objet l'écrivain
Jean-Edern Hallier ou le journaliste du Monde, Edwy Plenel.
C'est
au début de l'année 1984 qu'il apprend de la
bouche du président l'existence d'écoutes concernant
l'écrivain. François Mitterrand vient de le
convoquer alors qu'il doit déjeuner avec Jacques Isorni,
l'avocat du maréchal Pétain.
Le
président lui parle de ce rendez-vous alors que la
date n'est pourtant connue que de Me Isorni et de Roland Dumas.
Il lui fait part d'une interception téléphonique,
réalisée le matin, entre Jean-Edern Hallier
et l'avocat. Celui-ci promet à l'écrivain de
travailler avec lui contre le chef de l'Etat si ce dernier
ne lui donne pas une réponse favorable à une
vieille question.
Lors
de la campagne présidentielle de 1981, Me Isorni a
en effet demandé au candidat Mitterrand de se prononcer
sur le transfert des cendres du Maréchal à Verdun.
Une fois élu, répond François Mitterrand,
il formera une commission pour réfléchir à
la question. Trois ans plus tard, Roland Dumas doit assurer
que "la promesse électorale n'est pas oubliée",
mais que les Français ne sont pas encore prêts
à une telle réflexion.
Avant
ce déjeuner, François Mitterrand parle à
son ministre des mauvaises fréquentations du polémiste.
Jean-Edern Hallier, "individu fou", selon l'expression
de François Mitterrand rapportée par Roland
Dumas, voulait faire enlever Mazarine Pingeot, la fille cachée
du président. "Il pensait qu'il était capable
de s'en prendre à sa fille", a souligné
M. Dumas.
"A
partir du moment où quelqu'un menace l'Etat ou le chef
de l'Etat ou bien ses proches, il est évident que l'Etat,
fût-il républicain, doit réagir",
a déclaré Roland Dumas avant d'ajouter un peu
plus tard: "Que la République utilise les écoutes
à bon escient ne me surprend pas".
En
mars 1985, Edwy Plenel écrit une série d'articles
sur l'affaire "Farewell" -une affaire d'espionnage
datant de 1983 qui impliquait une taupe du KGB travaillant
pour l'Ouest- alors que les relations entre la France et l'URSS
s'améliorent.
"Les
articles du Monde jettent un froid. Le président de
la République cherchait l'origine de ces divulgations
qui portaient préjudice à la diplomatie de la
France", assure Roland Dumas, à l'époque
ministre des Affaires étrangères.
François
Mitterrand, selon M. Dumas, voit en Edwy Plenel un "agent"
qui travaille "contre l'intérêt de la France".
C'est Yves Bonnet, alors patron de la Direction de la surveillance
du territoire (DST) qui a alimenté le journaliste du
Monde; ainsi que deux autres journalistes de TF1. Mais la
colère présidentielle s'est abattue sur le premier.
Source
: AP |