| La
biodiversité, nouveau cheval de bataille de Jacques Chirac
Jacques
Chirac va appeler lundi la communauté internationale
à s'engager davantage pour la défense de la
biodiversité en ouvrant une conférence sur le
sujet à l'Unesco (Organisation des Nations unies pour
l'éducation, la science et la culture).
Le
président français est à l'origine de
cette conférence scientifique, qui se tient jusqu'à
vendredi au siège parisien de l'organisation internationale
en présence d'un millier de scientifiques, de dirigeants
d'entreprises, d'associations, d'ONG et de responsables politiques
de 100 pays, dont les Etats-Unis.
Malgré
la signature en 1992 de la convention internationale de la
diversité biologique, ratifiée par plus de 170
pays, la biodiversité reste le parent pauvre de la
protection de l'environnement, estime-t-on à l'Elysée.
Selon
l'entourage présidentiel, cette situation s'explique
par la relative nouveauté du concept, son apparence
plus scientifique que politique et sa complexité.
Les
connaissances sur la biodiversité sont encore très
partielles. Un million et demi d'espèces vivantes "seulement"
sont répertoriées sur la Terre pour un total
estimé à entre 10 et 30 millions. Les scientifiques
estiment que l'extinction d'espèces en raison des activités
humaines est entre 100 et 1.000 fois plus rapide que celle
qui résulterait de l'évolution naturelle.
Lundi,
Jacques Chirac, jamais en retard dès qu'il s'agit d'environnement,
appellera donc la communauté internationale à
une prise de conscience, dans le droit fil de son discours
de septembre 2002 au sommet de la Terre de Johannesburg. L'hôte
de l'Elysée ne manque pas une occasion de parler de
ce sujet: il avait dénoncé le 3 novembre dernier
la mort de Cannelle, dernière ourse femelle des Pyrénées,
en déplorant "une grave perte pour la biodiversité".
Afin
de permettre cette prise de conscience, le président
français défendra l'idée d'un réseau
scientifique mondial sur la biodiversité. Ce réseau
pourrait s'inspirer du Groupe intergouvernemental sur l'évolution
du climat (Giec), qui fait autorité en matière
de changements climatiques, selon l'Elysée.
Au
delà de cette proposition, Jacques Chirac promettra
de respecter l'ensemble des engagements pris par la France
au niveau international.
La
France est critiquée par ses partenaires européens
pour sa lenteur à appliquer le plan européen
Natura 2000. Cette directive de 1991 impose à chaque
Etat-membre de protéger les habitats naturels les plus
menacés.
Quatorze
après, et malgré des progrès sensibles
depuis quatre ans, la France ne remplit toujours pas ses obligations
en raison du rejet des populations des zones concernées.
Quelque 7,7% du territoire sont aujourd'hui protégés
au titre de la directive habitat de Natura 2000, pour un objectif
de 8,5%. La Cour européenne de justice a condamné
la France à plusieurs reprises, et la Commission a
menacé le 12 janvier Paris d'une amende.
Jacques
Chirac s'engagera aussi à protéger les récifs
coraliens outre-mer et à concrétiser dans les
prochaines années le projet de parc naturel pour protéger
la forêt équatoriale de Guyane française.
Cette
mise au point sera destinée à répondre
aux associations de défense de l'environnement et à
la gauche, qui lui demandent d'accorder ses actes à
ses paroles. "L'arbre d'un plan ours dans les Pyrénées
ne doit pas cacher la forêt de décisions incohérentes
en matière de biodiversité", accuse Allain
Bougrain Dubourg, président de la Ligue de protection
des oiseaux.
"On
ne peut à la fois faire la leçon aux autres
pays et laisser filer la nature en France", a dénoncé
vendredi le PS dans un communiqué. Estimant que la
conférence risque de "n'aboutir à rien",
les Amis de la Terre et Greenpeace ont pour leur part décidé
d'organiser une semaine de débats parallèles.
Source
: AP |