| Grève
de magistrats de gauche contre la "dérive sécuritaire" du gouvernement
Le
syndicat de la magistrature (SM, gauche) a organisé
mercredi une grève de protestation contre deux prochaines
réformes de la justice, l'une concernant la lutte contre
la récidive et l'autre les juges de proximité,
sans développer de revendications salariales.
Ce
mouvement, dont le principal syndicat de magistrats (USM,
modéré) s'était désolidarisé,
a provoqué peu de perturbations dans les tribunaux:
la plupart des magistrats grévistes, tenus d'assurer
la continuité du service public, ont veillé
à se faire remplacer.
Cette
journée de mobilisation, au coeur d'une large semaine
de protestation dans plusieurs secteurs publics, vise selon
Aïda Chouk, présidente du SM, à "interpeller
les pouvoirs publics" et "attirer l'attention des
citoyens sur les dérives sécuritaires"
du gouvernement, tout en inscrivant "la profession dans
l'ensemble du mouvement social".
Une
trentaine de magistrats "robes sur le bras" s'est
rassemblée à la mi-journée près
de l'Assemblée nationale, avant qu'une délégation
ne soit reçue par des parlementaires, a expliqué
le vice-président du SM Côme Jacqmin, soulignant
qu'à l'Assemblée nationale, "seul le groupe
UMP n'a pas jugé utile de répondre à
la demande de rendez-vous". D'autres rencontres sont
prévues dans les prochains jours en province.
A
Bordeaux cependant, les magistrats ont décidé
de rendre la prime de rendement, instituée par la loi
Perben, la jugeant "indigne" et portant "atteinte
à (leur) indépendance".
Le
SM, qui représente près de 30% des voix aux
élections professionnelles, voit dans la proposition
de loi UMP sur la récidive, adoptée en première
lecture en décembre par les députés et
qui devrait être examinée au Sénat en
février, "un accroissement du recours à
l'emprisonnement".
Le
texte limite notamment le nombre de peines de prison avec
sursis et mise à l'épreuve (SME) prononcées
contre chaque condamné. "On incite les juges à
prononcer de la prison ferme au nom de la prévention
de la récidive alors que le seul réel moyen
de lutte contre la récidive est l'accompagnement socio-éducatif"
du délinquant, estime le syndicaliste.
Cette
protestation vise également les juges de proximité
(magistrats non-professionnels chargés des petits litiges)
dont les compétences viennent d'être élargies
par le parlement.
Président
d'assises en région parisienne, Alain Blanc, qui se
présente comme "un fervent partisan" de l'échevinage
regrette que "socialement (les juges de proximité)
ne soient pas proches des gens" puisque la plupart sont
d'anciens magistrats, juristes...
L'Union
syndicale des magistrats (USM, modéré), principal
syndicat avec plus de 63% des voix, s'est désolidarisée
du mouvement en raison de la coïncidence avec les autres
mouvements sociaux. Pour éviter que "chacun ne
se nuise", l'USM reporte à mars, une série
de forums dans les différents tribunaux, a expliqué
à l'AFP son président Dominique Barella.
Source
: AFP |