| Affaire
Julia: l'UMP se contente d'une condamnation morale en attendant
la décision de la justice
L'UMP temporise.
Le bureau du groupe majoritaire de l'Assemblée nationale
a refusé mardi de prononcer des sanctions à
l'encontre du député UMP Didier Julia dans l'attente
des conclusions de l'instruction judiciaire en cours, se contentant
de condamner "unanimement et avec force" sa tentative
"irresponsable" de libération des deux anciens
otages français en septembre dernier.
"Le
bureau du groupe a unanimement et avec force condamné
cette initiative irresponsable, comme il s'est déclaré
unanimement choqué par les propos outranciers de Didier
Julia à l'égard des membres du gouvernement
et des services français", a-t-il déclaré
dans une motion adoptée à l'unanimité
lors de sa réunion hebdomadaire.
"Une
action judiciaire est engagée. Le bureau du groupe
UMP en a pris acte et ne saurait s'y substituer", ajoute-t-il,
se réservant toutefois "la possibilité
de prononcer une sanction définitive dès qu'il
aura connaissance des conclusions de la justice".
Les
statuts du groupe prévoient qu'en cas de faute grave,
le président "convoque l'intéressé
et entend ses observations", ce que Bernard Accoyer a
fait le 5 octobre 2004 et mercredi dernier. Le député
fautif peut ensuite être déféré
devant le bureau, qui peut prononcer plusieurs sanctions:
rappel à l'ordre, privation d'une délégation
de mandat, expulsion temporaire ou définitive. Mardi,
Didier Julia n'était pas présent à la
réunion du bureau.
Bernard
Accoyer s'est vivement défendu de se "défausser
de ses responsabilités". "Le fait d'avoir
une condamnation unanime par le bureau du groupe est déjà
en soi une sanction", a-t-il insisté. "On
ne peut pas se prononcer, nous, avant la justice", a
également justifié le deuxième vice-président
du groupe, Marc Laffineur.
Une
position dénoncée par le PS. "Il me paraîtrait
scandaleux qu'on empêche l'Assemblée de jouer
son rôle en s'abritant derrière l'alibi d'une
procédure judiciaire", s'est insurgé le
chef de file des députés PS, Jean-Marc Ayrault.
Il a de nouveau réclamé que M. Julia "s'explique
devant une commission ou devant le bureau de l'Assemblée
nationale".
Didier
Julia, élu à l'Assemblée depuis 1967,
est visé nommément dans l'information judiciaire
ouverte le 29 décembre par le parquet de Paris pour
"intelligence avec une puissance ou une organisation
étrangère en vue de porter atteinte aux intérêts
fondamentaux de la Nation". Deux de ses proches, Philippe
Evanno et Philippe Brett, ont été mis en examen
et remis en liberté sous contrôle judiciaire.
Protégé
par son immunité parlementaire, M. Julia ne peut faire
l'objet de mesures coercitives comme un placement en garde
à vue ou un contrôle judiciaire. Si le magistrat
instructeur souhaite imposer de telles mesures, il doit demander
au bureau de l'Assemblée la levée de l'immunité.
Mardi, ce dernier n'avait reçu aucune demande en ce
sens, a-t-on appris de source parlementaire.
Convoqué
jeudi par le juge d'instruction Jean-Louis Bruguière,
Didier Julia a annoncé qu'il ne s'y rendrait pas, invoquant
un problème de calendrier. Il a cependant proposé
de nouvelles dates au magistrat.
Christian
Chesnot et Georges Malbrunot, deux journalistes français
pris en otages en Irak, ont été libérés
le 21 décembre après quatre mois de détention
en Irak.
Source
: AP |