| Le
pont de Normandie a doublé son trafic en dix ans d'existence
Le
pont de Normandie qui enjambe l'estuaire de la Seine entre
Le Havre (Seine-Maritime) et Honfleur (Calvados) fête
cette semaine son dixième anniversaire en pleine santé,
avec un trafic qui a doublé depuis son ouverture en
1995.
Sa
fréquentation est passée de 7.000 véhicules
par jour dans les premiers mois à 14.000 en 2004, selon
la chambre de commerce et d'industrie (CCI) du Havre qui a
construit l'élégant ouvrage inauguré
le 20 janvier 1995. "Le pont a d'abord joué un
rôle de reconstitution des liens historiques qui existaient
entre les deux rives du temps des bacs disparus à la
fin des années 50", assure Pierre Michel, membre
du bureau de la CCI.
Mais
cet ouvrage qui a coûté 419 millions d'euros
a aussi bénéficié de l'essor du port
du Havre qui jette chaque jour davantage de camions sur les
routes, et de son raccordement à l'autoroute des estuaires
qui draine en été des touristes du nord de l'Europe
vers la façade atlantique.
Pour
la CCI, une telle fréquentation lève une lourde
hypothèque qui pesait sur ses finances: elle pourra
sans souci assurer le remboursement des 350 millions d'euros
d'emprunts contractés pour la construction de l'ouvrage,
qui s'effectue grâce aux recettes des péages
de cet ouvrage mais aussi de ceux du pont de Tancarville voisin.
Avec
le pont de Normandie, qui détient le record d'Europe
de portée dans la catégorie des ouvrages à
haubans (856 m), il ne faut plus que vingt minutes -contre
une heure auparavant- pour se rendre du quartier des affaires
du Havre au Vieux bassin d'Honfleur.
Des
habitudes nouvelles sont apparues entre ces deux rives à
la physionomie très différente. Les cadres de
la zone industrialo-portuaire du Havre viennent nombreux à
midi dans les restaurants d'Honfleur où le dépaysement
est total. A l'inverse, les habitants de la rive gauche de
la Seine passent désormais volontiers le pont pour
faire leurs courses dans les hypermarchés havrais.
Certains
habitants de la rive droite ont même fait le pas et
se sont installés "de l'autre côté
de l'eau" pour bénéficier du charme de
la campagne tout en gardant leur travail au Havre. Mais le
phénomène semble encore limité. "On
en parle plus qu'on ne le fait", dit Samuel Msica, notaire
au Havre.
Les
obstacles restent multiples: le montant des péages
(5 euros), la frontière administrative entre la Haute
et la Basse-Normandie et le faible niveau des services rive
gauche. "A Honfleur, on ne trouve ni lycée, ni
théâtre, ni boutiques et ce ne sont pas les restaurants
et les galeries de peinture qui peuvent être utiles
dans la vie quotidienne", note un gérant de société
havrais de 45 ans qui a pourtant fait le choix de vivre rive
gauche.
De
même, sur le plan économique, le rééquilibrage
entre les deux rives ne s'est pas produit même si quelques
entreprises se sont installées à Honfleur tout
en travaillant avec le port du Havre. "On sentira vraiment
les effets du pont lorsque Port 2000, le nouveau port à
conteneurs du Havre, sera en service fin 2005", assure
Christian Fougeray président de la CCI du Pays d'Auge,
basée à Honfleur.
Pour
anticiper une saturation des ponts de Normandie et de Tancarville,
les acteurs locaux commencent à envisager un troisième
franchissement de l'estuaire. La CCI du Havre va prochainement
lancer une étude. "Nous ne savons pas si ce sera
un pont ou un tunnel, ni qui le construira mais il faut y
penser dès maintenant car il faudra quinze ans pour
le réaliser", résume Pierre Michel.
Source
: AFP |