| Le
Pen se présente comme la victime d'une "campagne de diffamation"
Le
président du Front National Jean-Marie Le Pen s'est
présenté lundi, lors de ses voeux à la
presse, comme la victime d'une "formidable campagne de
diffamation" après le tollé provoqué
par ses dernières déclarations sur l'occupation
allemande pendant la Seconde guerre mondiale.
Se
livrant, selon ses propres termes, à une "mise
au point", le leader d'extrême droite n'a rien
retiré de ses déclarations au journal Rivarol
dans lesquelles il affirmait qu'"en France du moins,
l'occupation allemande n'a pas été particulièrement
inhumaine, même s'il y eut des bavures, inévitables
dans un pays de 550.000 kilomètres carrés".
Dans
une longue déclaration, M. Le Pen a notamment expliqué
que pour lui "l'armée et les polices allemandes"
étaient des "organisations ennemies", mais
qu'il s'était efforcé, dans son appréciation
de cette période, "d'être juste et de refuser
le manichéisme". "Ma mise au point n'est
pas un aveu de culpabilité, au contraire, je donne
des explications", a-t-il marqué.
"Je
ne crois pas que dans les camps (de concentration: ndlr),
il y a eu d'un côté des salauds, des criminels,
des tortionnaires, des assassins et de l'autre des purs esprits,
des anges, des saints et des héros", a encore
assuré M. Le Pen.
Comme
s'il voulait relativiser la portée de ses propos, vigoureusement
condamnés à droite comme à gauche, le
président du FN a souligné qu'ils étaient
tirés d'une "conversation à bâtons
rompus" avec le journaliste de Rivarol. Certains de ses
proches, critiquant "cette presse dite amie" du
FN, allaient même lundi jusqu'à envisager que
des poursuites soient engagées.
Plusieurs
cadres du FN, parmi lesquels des opposants internes de M.
Pen, qui avaient regretté, au bureau politique, lundi
matin, la publication de ces déclarations, se sont
dits satisfaits après la conférence de presse
de leur leader.
"Jean-Marie
Le Pen m'a enlevé le poids que j'avais sur le coeur",
a notamment déclaré Marie-France Stirbois, qui
avait publiquement critiqué les déclarations
de M. Le Pen, jeudi dernier.
En
revanche, Bernard Antony, membre du comité central
du FN, en délicatesse avec le président du parti,
a jugé "désespérants" les propos
de M. Le Pen en déplorant que "rien de semble
devoir faire sortir la direction du FN de ses ornières".
Cette
affaire intervient en pleine crise de succession larvée,
entre les partisans de Marine Le Pen, qui souhaitaient "dédiaboliser"
le mouvement, et ceux du délégué national
Bruno Gollnisch, parmi lesquels le maire d'Orange Jacques
Bompard et Mme Stirbois.
Cet
automne, Marine Le Pen avait condamné des propos controversés
de M. Gollnisch sur les chambres à gaz. Le bureau politique
du FN dans son ensemble avait alors voté une motion
de soutien à M. Gollnisch.
Interrogé
sur l'absence de sa fille et sur son mutisme après
l'interview à Rivarol, le président du FN s'est
borné à observer: "chacun a sa propre sensibilité
(...) ce ne serait pas la première fois que je serais
en désaccord avec ma fille".
Cette
dernière et ses proches se trouvent placés en
porte-à-faux par rapport au discours de modernisation
qu'elle veut incarner depuis deux ans. Vendredi dernier, dans
un entretien à l'AFP, M. Le Pen avait concédé
que, "compte tenu de ce qu'elle pense généralement
de ces choses-là, je ne suis pas absolument sûr
que ça lui ait fait plaisir".
Les
traditionnels opposants de Marine Le Pen, qui avaient soutenu
sans hésitation les propos controversés de M.
Gollnisch sur les chambres à gaz, n'ont pas manqué
de critiquer les conséquences néfastes de ce
éclat pour le mouvement.
Source
: AFP |