| Lutte
contre le racisme: satisfaites des paroles, les associations
attendent des actes
Reçues
vendredi par Jean-Pierre Raffarin, plusieurs associations
de lutte contre le racisme et l'antisémitisme se sont
déclarées "très satisfaites"
de leur rencontre avec le Premier ministre, tout en souhaitant
que les discours se traduisent maintenant en actes.
L'organisation
SOS Racisme a notamment demandé à cette occasion
que les sociétés HLM pratiquant le regroupement
ethnique abandonnent cette politique, génératrice
selon elle de ghettos.
Le
MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié
entre les peuples) a souhaité pour sa part que police,
justice et école aient une "obligation de résultats"
en matière de lutte contre les discriminations. Il
a aussi demandé un recadrage de la loi sur la laïcité
-qui ne concerne que l'école- afin d'éviter
que les musulmanes portant le voile ne soient exclues des
autres lieux publics.
Cette
réunion à Matignon a été pour
M. Raffarin l'occasion de consulter les associations avant
le comité interministériel contre le racisme
et l'antisémitisme qui se réunira lundi sous
sa présidence.
"Nous
sommes très satisfaits de la rencontre", a confié
à sa sortie Yonathan Arfi, président de l'Union
des étudiants juifs de France. "Pour la première
fois, nous avons eu l'impression qu'il y a des pouvoirs publics
à l'écoute du monde associatif, du monde antiraciste".
Dominique
Sopo, président de SOS Racisme, s'est également
dit "très satisfait". "C'est une démarche
très intéressante d'associer l'expérience
des organisations antiracistes lorsqu'il s'agit de lutter
contre un fléau dont on voit qu'il semble remonter
depuis quelques années".
Mouloud
Aounit, secrétaire général du MRAP, a
lui aussi fait par de sa satisfaction. "Le Premier ministre,
en réunissant l'ensemble des organisations antiracistes,
a marqué (...) le fait que nous vivons une situation
où il y a une urgence absolue à mobiliser l'Etat",
a-t-il dit.
"Je
me félicite du dialogue constructif" avec M. Raffarin,
a affirmé Michel Tubiana, président de la Ligue
des droits de l'Homme, "même si nous considérons
qu'il y a encore beaucoup de chemin à faire".
Il a demandé aux pouvoirs publics de poser "des
actes" dans "un certain nombre de domaines, que
ce soit l'école, la police ou d'autres".
M.
Aounit s'est inquiété des profanations de cimetières
en Alsace, où notamment des croix gammées ont
été taguées, et des attentats anti-maghrébins
en Corse. "La Corse est aujourd'hui en proie, qu'on le
veuille ou non, à une certaine logique de purification
ethnique. Je pèse mes mots", a-t-il déclaré
en demandant que les représentants de l'Etat sur place
"protègent les populations" victimes.
"La
question de la lutte contre le racisme, c'est une priorité
politique", a estimé le secrétaire général
du MRAP. "Il faut qu'aujourd'hui le gouvernement appuie
auprès de la police, auprès de la justice, auprès
de l'Education nationale, auprès de l'ensemble des
ministères impliqués là-dessus, pour
que ce combat soit nécessairement pris en compte avec
une obligation de résultats".
Il
a demandé que "toutes les plaintes" pour
discrimination soient traitées et "qu'on n'attende
pas que les associations antiracistes poussent pour qu'elles
soient prises en compte".
Par
ailleurs, Mouloud Aounit a dénoncé "un
certain nombre de dérapages au niveau de l'utilisation
de la loi sur la laïcité". Selon lui, le
préfet de Seine-Saint-Denis a interdit l'accès
d'une cérémonie officielle à des musulmanes
voilées. "Ce matin encore, dans un commissariat,
on a refusé qu'une personne puisse déposer plainte
parce qu'elle avait un foulard", a-t-il ajouté.
"Là, le (Premier) ministre s'est engagé
à un recadrage", a rapporté M. Aounit.
De
son côté, Dominique Sopo a "proposé
qu'il y ait une action très forte qui soit menée
au niveau des cités HLM dont on sait que beaucoup d'entre
elles pratiquent des politiques de regroupement ethnique et
qui sont évidemment des sources de ghettoïsation
extrêmement fortes".
Toutes
les associations ont souhaité que la bonne volonté
du gouvernement se traduisent en mesures concrètes.
Le
3 février prochain sera rendue publique la composition
de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations
et pour l'égalité. Cette instance "doit
être aussi dotée de moyens", a rappelé
Mouloud Aounit.
Source
: AP |