| Le
plus gros avion de ligne jamais construit, l'A380, présenté
officiellement le 18 janvier
Après
le Concorde et le Boeing 747, une nouvelle étape dans
l'histoire de l'aviation. Le 18 janvier à Toulouse,
le constructeur européen Airbus va présenter
officiellement le quadriréacteur de 555 sièges
A380, le plus gros avion de ligne jamais construit.
Avec
79,8m d'envergure, 73m de long, une dérive culminant
à 24m de hauteur (une maison de huit étages)
et 560 tonnes de masse maximale au décollage (le poids
d'un train), l'A380 ravit ce titre au Boeing-747, le rival
américain dont les dimensions lui ont valu le surnom
de "Jumbo Jet".
L'A380,
représentant un investissement de quelque 12 milliards
d'euros, est de ces projets qui peuvent faire ou défaire
un avionneur. Pensé dès les années 80,
lancé en décembre 2000, l'A380, qui s'attaque
au monopole des très gros porteurs jusqu'à présent
détenu par Boeing, effectuera son premier vol au printemps
2005. Une campagne d'essais intensifs en vue de sa certification
précédera sa mise en service commercial, au
printemps 2006 par la compagnie Singapore Airlines.
S'il
existe des appareils plus volumineux encore, comme l'avion-cargo
russe Antonov-225, le dernier-né d'Airbus n'a pas d'équivalent
civil.
Il
est composé de deux étages, deux cabines superposées
courant sur toute la longueur de l'appareil avec, à
l'extérieur, deux rangées de hublots de chaque
côté. Le fuselage de fort diamètre (7,1m)
dessine un ovale parfait, encadré par une voilure portant
quatre gros réacteurs de 31,5 tonnes de poussée
chacun. L'avion repose sur un train d'atterrissage de 22 roues:
20 pour le train principal, sous les ailes et le tronçon
central, et deux roues sous le nez.
A
l'intérieur, un escalier droit à l'avant et
en colimaçon à l'arrière relient les
deux cabines, sous lesquelles est située une soute
cargo. En coupe transversale, l'A380 compte donc trois niveaux:
soute, pont principal, pont supérieur. Dans le poste
de pilotage situé à mi-hauteur, surélevé
de trois marches par rapport au pont principal pour offrir
une meilleur visibilité, pilote et copilote disposeront
de caméras facilitant le roulage au sol.
"Les
deux cabines ont la même taille, ce sont les compagnies
qui vont y mettre plus ou moins de monde, avec les premières
et classes affaires plus ou moins en haut", selon le
schéma traditionnel, a expliqué à l'Associated
Press le chef de la chaîne d'assemblage final de l'A380,
Jean-Claude Schoepf.
"On
aura très certainement des aménagements plus
luxueux sur le pont supérieur et à l'avant de
l'avion. La capacité minimum de l'avion, avec le découpage
traditionnel (première, classe affaire, classe économique)
est de 555 places", avec deux couloirs de circulation.
En classe économique, la cabine comportera dix sièges
de front, comme sur un Boeing-747.
Dans
les futures versions "domestiques" destinées
aux lignes intérieures, sur de courtes distances, la
capacité pourra grimper "à 800-850 places".
Quant à l'A380F tout cargo, il pourra emporter une
charge utile de 150 tonnes.
La
stratégie commerciale des compagnies déterminera
le choix des aménagements de bord: chambres individuelles
avec douche, bars, restaurants, salles de gymnastique voire
casino ont ainsi été évoqués.
Mais les transporteurs n'ont pas encore confirmé qu'ils
transformeraient effectivement leur A380 en paquebot volant...
Les passagers des trois classes, promet en tout cas Airbus,
disposeront de plus de place pour étendre les jambes
et de sièges "plus larges".
L'A380,
selon l'avionneur, sera moins bruyant et polluant que son
concurrent direct, le Boeing 747, tout en transportant 35%
de passagers de plus, avec un rayon d'action accru (15.000km),
une consommation de carburant inférieure de 13% (moins
de trois litres de carburant par passager aux 100km) et un
coût au kilomètre inférieur de 15 à
20%.
Le
nouveau très gros porteur, fait valoir l'avionneur
européen, a été conçu avec les
principales compagnies aériennes, les services officiels
et les représentants d'une soixantaine d'aéroports
internationaux. Ils ont exigé que l'appareil s'inscrive
dans un "carré des 80m" (ne pas dépasser
80m de long, 80m d'envergure et 80 pieds, soit 24m de hauteur),
afin de pas entraîner une modification radicale des
infrastructures aéroportuaires.
Le
gros quadriréacteur pourra décoller et atterrir
sur les mêmes pistes que le 747. "En 2006 et 2007,
tous les grands aéroports susceptibles d'être
desservis" par l'A380 "dès le début
de sa mise en service seront capables de l'accueillir",
comme Paris-Roissy, Los Angeles, San Francisco, New York,
Londres, Sydney ou Tokyo, selon Gérard Blanc, vice-président
des opérations d'Airbus, en charge des programmes.
L'embarquement
et le débarquement des passagers s'effectuera "le
plus naturellement du monde, probablement par deux ponts.
On peut faire entrer les passagers par deux ponts (principal
et supérieur) et deux entrées à chaque
pont". Mais il reviendra aux aéroports et compagnies,
notamment pour des questions de sécurité, de
définir spécifiquement ces procédures.
Pour
le moment, 13 clients dont Air France ont annoncé des
commandes fermes pour un total de 139 A380, dont le seuil
de rentabilité a été fixé à
250 exemplaires. Le marché, estime Airbus, a conforté
son analyse: devant l'augmentation constante du trafic -environ
5% par an-, l'A380 contribuera à résoudre les
problèmes de congestion des cieux et aéroports.
L'acheminement
des différentes pièces de l'avion vers le site
d'assemblage final de Blagnac près de Toulouse -dans
un hall de 490m de long, 250m de large et 46m de haut- a constitué
un autre défi. Trop grandes pour embarquer à
bord de l'avion-cargo Beluga, les pièces fabriquées
en Allemagne, Grande-Bretagne, Espagne et France voyagent
par barges, bateau puis convois exceptionnels sur un axe routier
à grand gabarit entre Bordeaux et Toulouse.
Le
président Jacques Chirac assistera à la cérémonie
de présentation sur le site de Blagnac, en présence
des chefs d'Etat et de gouvernement des pays partenaires du
projet: Allemagne, Espagne et Royaume-Uni.
Source
: AP |