| François
Bayrou s'inquiète pour le référendum
François
Bayrou est "inquiet". Le président de l'UDF,
reçu par Jacques Chirac vendredi à la fin de
ses consultations des responsables politiques sur l'organisation
du référendum sur la Constitution européenne,
a exhorté le chef de l'Etat à ne pas "sous-estimer"
les chances de victoire du "non".
La
décision des Européens d'ouvrir des négociations
avec la Turquie est la raison principale de "l'inquiétude"
du président de l'UDF.
L'entretien
entre MM. Bayrou et Chirac, dont les relations sont difficiles
depuis la présidentielle de 2002 et la tentative d'OPA
des chiraquiens sur l'ensemble de la droite, n'a duré
que 40 minutes. Sans surprise, le président de l'UDF,
qui avait proposé dès 1999 une Constitution
européenne, a confirmé que sa formation serait
"pleinement engagée" pour le "oui".
Mais
il a surtout mis en garde le chef de l'Etat sur la question
turque qui, selon lui, "change le projet européen".
"Certains nous encouragent à oublier le temps
du référendum les questions que pose l'adhésion
envisagée de la Turquie à l'Europe", a
constaté M. Bayrou une heure plus tard lors de ses
voeux à la presse. "Je crois au contraire qu'il
faut traiter les questions comme elles se posent".
Le
président de l'UDF a déploré une nouvelle
fois que le débat ait été "escamoté"
et qu'aucun vote n'ait eu lieu en fin d'année 2004
au Parlement sur l'ouverture des négociations avec
Ankara. "On nous a dit que les institutions voulaient
que le président de la République décide
seul", a-t-il grincé.
Au
passage, il a annoncé que les députés
UDF allaient soutenir l'amendement d'Edouard Balladur, adopté
mardi par la Commission des Affaires étrangères
de l'Assemblée, visant à renforcer le contrôle
du Parlement français sur les décisions européennes.
M. Chirac a demandé au gouvernement de s'opposer à
cet amendement, en estimant qu'il remet en cause l'équilibre
des institutions. L'amendement Balladur doit être examiné
dans l'hémicycle du 25 au 27 janvier dans le cadre
de la révision constitutionnelle préalable à
la ratification de la Constitution européenne.
M.
Bayrou, dont les relations sont bien meilleures avec Nicolas
Sarkozy qu'avec Jacques Chirac, a en revanche salué
la décision du président de l'UMP de faire revoter
son conseil national sur la Turquie.
Le
deuxième sujet d'inquiétude du président
de l'UDF est le poids des partisans du "non" à
gauche. Il a donc souhaité que le camp du "oui"
réponde aux questions de "l'orientation ultra-libérale
de l'Europe" et du "malaise social" en France.
"Devant
un choix aussi important, toutes les questions d'un peuple
méritent réponse", a estimé M. Bayrou.
"Rien ne serait pire que de voir des prétendues
élites ignorer les questions populaires, les traiter
avec condescendance, comme si elles ne méritaient pas
d'être posées".
Le
président de l'UDF a lui-même annoncé
qu'il allait lancer en 2005 une "campagne politique"
sur le thème du pouvoir d'achat pour défendre
"les travailleurs qui n'ont qu'un salaire moyen".
"La crise est devenue telle en France que les Français
qui travaillent n'arrivent plus à boucler les fins
de mois", s'est offusqué M. Bayrou, qui ne cache
pas ses ambitions pour 2007.
Reçue
auparavant par Jacques Chirac, la secrétaire nationale
du PCF Marie-George Buffet a elle aussi dénoncé
la volonté du président de mener une campagne
"apolitique". "Soyons clairs, soyons honnêtes
en direction des Français. C'est une question politique
qui concerne leur vie quotidienne", a souligné
Mme Buffet.
Le
chef de l'Etat a assuré le 7 janvier dernier que le
référendum prévu avant l'été
sur la Constitution européenne n'était "pas
une élection politique" mais une "question"
aux Français sur l'avenir de l'Europe.
M.
Bayrou et Mme Buffet étaient les derniers responsables
politiques reçus par Jacques Chirac dans le cadre de
ses consultations sur le référendum, qui devrait
avoir lieu en mai ou en juin, selon Philippe de Villiers.
Le chef de l'Etat devrait annoncer la date en mars, lorsque
le Congrès se sera réuni pour entériner
la réforme constitutionnelle.
Source
: AP |