| Le
gouvernement va doubler la population d'ours dans les Pyrénées
Le
ministre de l'Ecologie Serge Lepeltier s'est engagé
jeudi à doubler d'ici trois ans la population d'ours
dans les Pyrénées, avec un premier lâcher
de cinq femelles en 2005.
Deux
mois après la mort de Cannelle, la dernière
ourse de souche pyrénéenne, sous les balles
d'un chasseur, le gouvernement a tranché en faveur
d'un renforcement de la population d'ours, dont la survie
est compromise, surtout dans le Haut Béarn où
ne subsiste plus aucune femelle.
"J'ai décidé de doubler dans les 3 ans
le nombre d'ours dans les Pyrénées", a
annoncé M. Lepeltier sur France 2, prévoyant
"la réintroduction dès cette année
de cinq ours femelles, et en 2006, selon l'évolution
naturelle - j'espère que d'ici là, nous aurons
des naissances d'oursons - de cinq ours, moins si nous avons
des naissances, et même chose en 2007".
Il
reste entre 14 et 18 ours dans les Pyrénées,
versant français et espagnol, dont quatre ou cinq femelles,
toutes situées dans les Pyrénées centrales.
Dans les Pyrénées Atlantiques, où Cannelle
a été abattue, il ne reste que quatre mâles,
y compris son ourson âgé d'un an, qui a été
repéré la dernière fois le 24 décembre.
Les
experts de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage
estimaient, dans une étude citée par les écologistes,
qu'il faudrait réintroduire entre 8 et 12 ours pour
installer durablement une population de plantigrades dans
les Pyrénées.
Sur
place, les réintroductions se heurtent à de
fortes réticences, notamment chez les éleveurs.
L'Institut patrimonial du Haut-Béarn, qui gère
une partie du dossier ours dans les Pyrénées-Atlantiques,
a proposé en décembre une réintroduction
"a minima" de deux femelles.
Prudent,
le ministre a évoqué une "importante concertation"
avant la décision précise, "avant fin juin",
sur les lieux des futurs lâchers et l'origine des ourses.
"J'ai
des contacts avec l'Espagne, avec la Slovénie, avec
la Croatie", a simplement indiqué M. Lepeltier.
Les dernières réintroductions (1996/97) ont
fait appel à des ourses slovènes, et ont d'ailleurs
bien réussi.
L'Espagne
abrite pour sa part quelque 120 ours dans les Monts Cantabriques
(160 km à l'ouest des Pyrénées) mais
elle a jusqu'à présent refusé de céder
des ours à la France, jugeant sa population insuffisante.
Les
associations écologistes ont salué jeudi une
"bonne nouvelle", tout en soulignant l'importance
des mesures d'accompagnement du plan. Le ministre a promis
jeudi "l'acquisition de chiens par les bergers, l'acquisition
de clôtures, la construction et la réhabilitation
de maisons de bergers, l'aide au gardiennage".
Pour
Gilbert Simon, vice président de l'association Ferus,
"ce qui est important, c'est moins le nombre d'ours que
l'engagement à long terme de parvenir à une
population viable d'ours pyrénéens". Il
rappelle que l'Union mondiale pour la nature (UICN), qui établit
chaque année la fameuse "liste rouge des espèces
menacées, estime à 50 le nombre minimum d'ours
pour assurer la pérennité de l'espèce.
M.
Simon rappelle que sans les réintroduction de trois
femelles slovènes, en 1996 et 1997, "nous n'aurions
plus que deux ours de souche pyrénéenne, Camille
et Aspe Ouest".
"Il
y a urgence", s'exclame pour sa part La Ligue Roc. Son
directeur Christophe Aubel remarque que "la France se
devait d'envoyer un signal positif", à dix jours
de la conférence internationale sur la biodiversité
convoquée par le président Jacques Chirac à
Paris. La France ne pouvait risquer d'apparaître comme
un pays incapable de vivre avec ses loups et ses ours".
Source
: AP |