| Déclarations
Le Pen: le gouvernement saisit la justice
Des
déclarations de Jean-Marie Le Pen sur l'occupation
allemande, "qui n'a pas été particulièrement
inhumaine", ont déclenché mercredi une
nouvelle polémique qui a conduit le gouvernement à
saisir la justice et également provoqué l'indignation
des organisations antiracistes et de la gauche.
Le
ministre de la Justice Dominique Perben a convoqué
la presse, très rapidement après la publication
de l'article incriminé, pour annoncer que le parquet
de Paris avait été saisi d'une enquête
préliminaire, se déclarant "indigné"
par les propos de M. Le Pen.
"Je
suis frappé par l'offense que M. Le Pen porte ainsi
aux victimes, à leurs familles, aux anciens combattants,
aux déportés, à tous ceux qui ont souffert
dans cette période noire de notre histoire", a-t-il
dit.
M.
Le Pen "devra s'expliquer sur ses propos inadmissibles",
a-t-il ajouté.
Dans
un entretien à l'hebdomadaire d'extrême droite
Rivarol, M. Le Pen a déclaré que "l'occupation
allemande (en France) n'a pas été particulièrement
inhumaine" et qu'"il y aurait beaucoup à
dire" sur le massacre d'Oradour-sur-Glane.
Selon
Le Monde daté de jeudi, qui rend compte de cet entretien,
le président du FN "fait ainsi écho, sans
s'y référer explicitement, à une thèse
révisionniste" selon laquelle "des explosifs
auraient été dissimulés par les résistants
dans l'église où le 10 juin 1944 la division
SS Das Reich avait enfermé 642 civils (dont 245 femmes
et 207 enfants) avant de mettre le feu au bâtiment".
Dans
un communiqué, le ministre indique avoir découvert
"que dans la même interview M. Le Pen tenait des
propos extrêmement graves concernant les magistrats
et la Justice" et demandé que l'enquête
porte également sur des propos qui "mettent en
cause" leur "équité".
"Lorsque
des magistrats, au mépris de ce qui est leur obligation
morale et fonctionnelle, bafouent le principe d'équité
et accordent le bénéfice de la bonne foi à
des gens qui à l'évidence ne le sont pas (...)
c'est proprement révoltant", déclare-t-il
dans Rivarol.
M.
Le Pen vise son procès perdu en octobre 2004 contre
Le Monde, qui avait publié pendant la campagne de 2002
des témoignages l'accusant de tortures pendant la guerre
d'Algérie.
Le
Crif (Conseil Représentatif des Institutions Juives
de France) a estimé que ces déclarations "salissent
la mémoire de toutes les victimes du nazisme, déportés
et résistants, et de l'ensemble de la population française
qui fut soumise pendant plus de quatre années à
la plus atroce des occupations et des humiliations".
"Le
président du Front National persiste ainsi dans l'esprit
du +détail+ et démontre qu'il ne s'est jamais
écarté de ses vieilles amitiés",
ajoute-t-il dans une allusion à un terme jadis employé
par M. Le Pen pour qualifier les chambres à gaz.
La
Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme
(Licra) estime pour sa part que les propos de M. Le Pen, "vieillard
radotant", "n'inspirent que mépris et dégoût"
tandis que le premier secrétaire du PS François
Hollande a dénoncé des propos "révisionnistes".
Ce
n'est pas la première fois que le Garde des sceaux
intervient dans ce genre d'affaire.
En
novembre, il avait demandé au procureur général
près la cour d'appel de Lyon que des poursuites pour
"contestation de crimes contre l'Humanité"
soient engagées contre Bruno Gollnisch, délégué
général du FN, après ses propos sur les
chambres à gaz qui avaient soulevé un tollé
général.
Source
: AFP |